À la commission d’enquête du Sénat sur les marges de la grande distribution, Grand Frais a défendu son mode de fonctionnement atypique et expliqué pourquoi, selon lui, sa stratégie mérite d’être lue différemment. L’audition intervient alors que le groupe — une structure particulière réunissant plusieurs opérateurs — attire l’attention sur ses pratiques commerciales et son futur propriétaire, un fonds américain dont le rachat vient d’être validé par la Commission européenne.
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Créée en 1992, l’enseigne se revendique comme un réseau d’étals alimentaires dédiés aux produits frais : fruits, légumes, poissonnerie, fromagerie, épicerie spécialisée. Avec plus de 330 points de vente, Grand Frais affiche une croissance soutenue — environ 15 % de chiffre d’affaires par an selon ses représentants — et affirme réinvestir une large part de ses résultats dans le développement des magasins.
Sur le plan juridique, l’organisation s’éloigne du modèle classique de la distribution. Elle opère au travers d’un GIE composé de trois entités indépendantes : Prosol (principalement fruits, légumes, poisson, laitages et parfois boucherie), Euro Ethnic Foods (épicerie) et Despi (viande). Cette structure explique certaines pratiques internes et la manière dont sont négociés les approvisionnements.
Relations fournisseurs : une logique de partenariat revendiquée
Devant les sénateurs, les dirigeants ont insisté sur une approche orientée produit plutôt que sur la seule compétitivité prix. Selon eux, la sélection porte sur l’offre et la qualité, et les échanges se déroulent souvent directement chez les producteurs plutôt qu’au sein d’une centrale d’achat unique.
Ils ont précisé que Grand Frais n’applique pas certaines pratiques dénoncées ailleurs : pas de facturations récurrentes pour des services logistiques, pas de boîtes de négociation centralisées et, d’après eux, pas d’exigence systématique d’un financement des promotions par les fournisseurs. Les partenaires soulignent aussi l’existence de clauses contractuelles (révisions de prix, engagements de volumes) antérieures aux récentes lois encadrant les relations commerciales.
| Élément | Donnée |
|---|---|
| Année de création | 1992 (près de Lyon) |
| Nombre de magasins | Plus de 330 |
| Croissance annuelle revendiquée | ~15 % de CA |
| Structure juridique | GIE réunissant Prosol, EEF et Despi |
| Chiffre d’affaires/m² (Prosol) | ~19 000 € / m² |
| Emplois créés (5 ans) | ~8 000 |
| Part de viande française | ~90 % |
Ce que les dirigeants affirment — et ce qui reste opaque
Les responsables reconnaissent une performance commerciale solide, sans toutefois publier de comptes consolidés détaillés pour chacune des branches. Ils invoquent le « secret des affaires » lié à la structure en GIE pour refuser de diffuser le niveau précis des marges et la construction tarifaire par partenaire.
- Direction : les marges seraient supérieures à la moyenne de la distribution, principalement parce qu’il y a peu d’intermédiaires et que l’investissement est réinjecté dans la croissance.
- Modèle commercial : promotions financées par les marges internes, pas par les fournisseurs, et négociations souvent menées chez les producteurs.
- Limites publiques : absence de transparence détaillée sur les marges par entité et refus de divulguer certaines données financières.
Les questions soulevées par la commission
Les rapporteurs ont ciblé plusieurs points sensibles. D’abord, la fragmentation des structures a été présentée comme susceptible de compliquer la représentation collective des salariés et d’affecter les conditions sociales. Les dirigeants ont répondu que les élections professionnelles étaient organisées dès lors que les seuils étaient atteints et ont mis en avant une ancienneté des chefs de rayon supérieure à la moyenne du secteur.
Par ailleurs, des témoignages reçus par la commission évoquaient des pratiques de négociation critiques — par exemple des annulations de commandes en pleine saison. Les responsables ont admis que des erreurs pouvaient exister mais ont nié que ces pratiques soient systématiques, insistant sur l’importance des cahiers des charges et des exigences de qualité qui, selon eux, peuvent parfois tendre les relations.
Cyril Lehuede, directeur du Fromager des Halles, a rappelé que la pression porte essentiellement sur la qualité produit plutôt que sur les prix, confirmant que la stratégie commerciale favorise la sélection et l’exigence qualitative.
Bien-être animal et approvisionnement : points de tension
Sur les questions de traçabilité et du bien-être animal, Despi a indiqué que la très grande majorité de la viande vendue est d’origine française et que l’enseigne a proscrit certains produits, comme les œufs de poules élevées en cages, même dans des préparations et desserts.
Interrogé sur le refus de signer l’engagement européen ECC (European Chicken Commitment), le directeur de Despi a expliqué que des gammes conformes (Label Rouge, fermier) représentaient une part significative des ventes — autour de 20 à 25 % — et que, selon lui, la société applique déjà les pratiques visées par cette charte sur ses références concernées.
La séance a confirmé que Grand Frais se trouve à la croisée de louanges sur son modèle « market hall » et d’interrogations sur sa transparence et ses pratiques sociales. Le rachat par un fonds américain, validé par Bruxelles, ajoute une dimension nouvelle : quel impact sur la gouvernance et la politique d’achats lorsque le contrôle change de mains ?
Pour les acteurs de la commission, la démonstration était nécessaire afin d’évaluer si l’organisation particulière de Grand Frais constitue une alternative vertueuse à la distribution classique ou si elle soulève, au contraire, des risques en matière de transparence, de représentation des salariés et de standardisation des pratiques commerciales.

Julien Martel analyse l’actualité locale, nationale et internationale avec un regard factuel et accessible. Vous bénéficiez de ses décryptages pour comprendre les événements mondiaux et leurs répercussions concrètes sur votre quotidien. Son approche privilégie la clarté, le contexte et l’utilité de l’information.









