Alors que les élections municipales viennent de se tenir, un scrutin moins visible mais tout aussi décisif s’ouvre maintenant : celui des présidences d’intercommunalités. Une tribune publiée vendredi dans Libération alerte sur la faible représentation féminine à ces postes stratégiques et appelle à un changement concret des pratiques.
Signée par des personnalités politiques et associatives — dont Cécile Duflot, Laurence Rossignol, Sandrine Rousseau et Christiane Taubira —, la tribune met en lumière un phénomène persistant : les femmes progressent dans les conseils municipaux, mais sont évincées des responsabilités qui commandent les budgets et les décisions d’aménagement.
Des postes-clés majoritairement masculins
Les auteures pointent des chiffres révélateurs : si les femmes comptent pour une part importante des élu·es locaux, leur présence diminue avec l’échelle des responsabilités. À l’échelle des intercommunalités — agglomérations, métropoles, communautés de communes —, les présidences restent largement occupées par des hommes.
Ce constat s’accompagne d’analyses d’organisations comme Oxfam, qui relèvent que moins d’un quart des fonctions locales déterminantes sont exercées par des femmes et que, dans l’ensemble du pays, leur part dans les « positions de pouvoir » reste limitée.
Une répartition genrée des responsabilités
La tribune dénonce une division du travail politique où les hommes conservent les leviers financiers et stratégiques, tandis que les femmes se voient le plus souvent attribuer des portefeuilles sociaux.
- 72 % des délégations aux finances sont détenues par des hommes.
- 72 % des délégations liées aux politiques sociales reviennent à des femmes.
- 94 % des responsabilités en matière de petite enfance sont confiées à des élues.
Autrement dit : la décision budgétaire et stratégique reste majoritairement masculine, quand l’exécution sociale est féminisée. Les signataires estiment que ces schémas ne relèvent pas du hasard mais d’un système qui reproduit les inégalités.
Un appel à « prendre la présidence »
Face à ce constat, la tribune adresse un message clair aux élues locales : candidater aux présidences d’intercommunalités, revendiquer les vice-présidences stratégiques et refuser d’être reléguées au second plan pour préserver des équilibres symboliques. Les signataires exigent que la parité ne se cantonne pas aux listes mais s’applique aux responsabilités qui comptent réellement.
Parmi les autres noms apposés à l’appel figurent Clémentine Autain, Eva Joly et Marie-George Buffet, ainsi que d’anciennes parlementaires et responsables associatives. Leur relais public vise à peser sur les désignations à venir et sur les pratiques internes aux conseils intercommunaux.
Pourquoi cela change-t-il la vie quotidienne ? Les intercommunalités pilotent les transports, le logement, l’aménagement et le développement économique — des domaines qui structurent les déplacements, le pouvoir d’achat et l’accès aux services. Une répartition plus équilibrée des postes dirigeants pourrait donc influer directement sur les priorités locales et la manière dont les budgets sont orientés.
Ce qu’il faudra suivre
Dans les semaines qui viennent, la composition des équipes dirigeantes des intercommunalités donnera un premier indicateur : les listes d’investiture et les accords politiques décideront souvent du profil des futur·es président·es. Les élus et les observateurs devront vérifier si les promesses d’égalité se traduisent en nominations effectives aux postes de décision.
La tribune vise à transformer un constat chiffré en mobilisation : au-delà d’un débat d’égalité symbolique, il s’agit de rééquilibrer l’accès aux leviers qui orientent la vie locale. Le « troisième tour » des intercommunalités pourrait être, selon ses signataires, une occasion de rupture — ou une confirmation des inégalités actuelles.

Julien Martel analyse l’actualité locale, nationale et internationale avec un regard factuel et accessible. Vous bénéficiez de ses décryptages pour comprendre les événements mondiaux et leurs répercussions concrètes sur votre quotidien. Son approche privilégie la clarté, le contexte et l’utilité de l’information.









