Un rapport de la délégation aux droits des femmes du Sénat tire la sonnette d’alarme : les inégalités entre filles et garçons dans les filières scientifiques apparaissent très tôt et se renforcent tout au long du parcours scolaire et professionnel. Après huit mois d’enquête et 120 auditions, les rapporteures proposent vingt mesures pour freiner un phénomène qui pèse sur l’égalité mais aussi sur la compétitivité scientifique de la France.
Des écarts qui naissent dès l’école primaire
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Les auteures du rapport observent que, malgré l’absence de différences cognitives avérées à la naissance, des écarts de perception et de performance en mathématiques se manifestent très tôt, autour de six ans. En France, l’enquête internationale TIMSS 2023 révèle un différentiel notable entre sexes, plus marqué que dans la plupart des pays de l’UE et de l’OCDE.
Ces disparités sont alimentées par un ensemble de facteurs : interactions familiales, contenus culturels, jeux et jouets, mais aussi pratiques scolaires. Les attitudes des adultes — parents et enseignants — contribuent à construire une culture genrée où la figure du « savant » est souvent associée au masculin. Le rapport insiste sur la nécessité de repenser la formation initiale et continue des professeurs des écoles, notamment en didactique des mathématiques et en pédagogie promouvant l’égalité.
La délégation attire aussi l’attention sur la représentation des femmes scientifiques dans les médias et les productions culturelles : invisibilisation et stéréotypes réduisent l’appétence des jeunes filles pour les parcours STEM.
Au collège et au lycée : des choix d’orientation très sexués
La scolarité secondaire renforce ces clivages. Si l’écart de résultats se réduit parfois en chiffres bruts, la perception des compétences et les trajectoires choisies se polarisent : orientation et spécialités restent marquées par le genre à la fin de la troisième et en fin de seconde.
Les données récentes montrent des divergences nettes dans le choix des spécialités : en première, une majorité de garçons suit la spécialité mathématiques, tandis que les filles choisissent moins souvent les options « mathématiques expertes ». Les rapporteures pointent un manque d’information sur les liens entre spécialités et débouchés, qui affecte particulièrement les filles et les élèves issus de milieux modestes.
Plutôt que d’imputer la situation uniquement à un déficit de confiance individuelle, le rapport préconise des actions collectives — campagnes d’information, clubs scientifiques, stages — et la promotion de modèles féminins diversifiés pour rendre les parcours scientifiques concrets et accessibles.
Dans l’enseignement supérieur, des tensions et des pertes
L’entrée dans l’enseignement supérieur confirme et amplifie la tendance : la part des diplômées en STIM (sciences, technologie, ingénierie, mathématiques) reste faible — le rapport signale par exemple que seules 13 % des diplômées universitaires l’étaient en STIM en 2023, contre environ 40 % pour les diplômés masculins.
La féminisation varie fortement selon les filières : majorité globale dans l’enseignement supérieur, forte chute en classes préparatoires scientifiques et dans les grandes écoles d’ingénieurs. Certaines écoles rapportent une baisse de la part d’étudiantes : l’exemple de l’École polytechnique, où la proportion de femmes est passée notablement en recul, est cité dans le rapport.
Pour inverser la tendance, les rapporteures proposent des dispositifs ciblés : quotas temporaires dans les CPGE, bourses, internats réservés, espaces de non-mixité temporaires et actions de recrutement proactives. Ces mesures rejoignent le plan « Filles et maths » présenté au printemps, qui vise à atteindre 30 % de filles dans certaines filières d’ici 2030.
Carrières scientifiques : le « tuyau percé »
La moindre représentation des femmes en amont se retrouve dans la recherche et l’industrie : le rapport relève qu’elles représentent moins d’un tiers des chercheurs (environ 30 % en 2022) et une part encore plus faible parmi les ingénieurs (chiffres 2023). De nombreuses jeunes diplômées quittent le secteur dans les dix années suivant leur diplôme, alimentant ce que les sénatrices qualifient de « tuyau percé ».
Les freins identifiés sont multiples : biais de recrutement et d’évaluation, modèle professionnel centré sur un imaginaire masculin du chercheur, inégalités salariales, harcèlements et invisibilisation des contributions féminines (l’« effet Matilda »). Le rapport formule des pistes concrètes : formation aux biais pour les recruteurs, conditionnalité possible des subventions publiques sur la présence de femmes dans les projets (notamment pour l’ANR), et soutien renforcé aux parents chercheurs.
- Sensibilisation dès l’école primaire et campagnes nationales sur l’égalité filles/garçons.
- Formation des enseignants à la didactique des mathématiques et à une pédagogie égalitaire.
- Visibilité accrue des femmes scientifiques dans les médias et les contenus culturels.
- Renforcement des services d’orientation et meilleure information sur les débouchés.
- Mesures incitatives en CPGE et dans les écoles (bourses, internats, dispositifs temporaires).
- Actions contre le harcèlement et dispositifs de soutien aux jeunes parents chercheurs.
- Suivi et conditionnalité possible des financements publics pour favoriser la parité dans les projets de recherche.
Ces propositions visent à agir à la fois sur les causes culturelles et sur les leviers structurels. Le rapport plaide pour une intervention précoce — dès l’école primaire — et pour une coordination entre ministères, établissements scolaires, médias et acteurs de la recherche.
Au-delà de l’enjeu d’égalité, les auteures insistent sur des conséquences concrètes pour la société : face aux défis du numérique, de la transition écologique, de la santé et de l’intelligence artificielle, la France a besoin d’un vivier scientifique diversifié. Ne pas mobiliser pleinement les talents des femmes représente, selon la délégation, « des pertes pour elles et pour la société ». Le sort de ces recommandations dépend désormais des arbitrages politiques et du calendrier d’application des mesures proposées.

Julien Martel analyse l’actualité locale, nationale et internationale avec un regard factuel et accessible. Vous bénéficiez de ses décryptages pour comprendre les événements mondiaux et leurs répercussions concrètes sur votre quotidien. Son approche privilégie la clarté, le contexte et l’utilité de l’information.









