Devant la commission d’enquête du Sénat sur la formation des prix dans la grande distribution, Mondelez France a présenté un bilan préoccupant de sa rentabilité, affirmant que l’envolée des coûts pèse sur ses marges. La question est devenue concrète pour le consommateur : raréfaction ponctuelle de certaines références et hausse des discussions tarifaires entre industriels et enseignes.
Le groupe américain, propriétaire de marques très présentes en France, était la première multinationale auditionnée dans le cadre de ces travaux. Son témoignage vise à expliquer pourquoi les augmentations observées en rayon, selon lui, ne signifient pas un enrichissement des fabricants mais la simple adaptation à une hausse des charges.
Mondelez en France : poids industriel et parts de marché
Si le nom Mondelez reste discret pour certains, ses produits sont omniprésents dans les foyers français. Les marques du groupe couvrent une part importante des rayons biscuits et chocolat, avec une production notable sur le territoire.
| Indicateur | Valeur communiquée |
|---|---|
| Présence dans les foyers français | Présent dans 9 foyers sur 10 |
| Part de l’offre en rayon – biscuits | Environ 32% |
| Part de marché – chocolat industriel | Environ 13% |
| Production des biscuits LU en France | Plus de 80% fabriqués en France |
| Évolution des coûts vs prix négociés (2021–2025) | Coûts augmentés deux fois plus vite que les prix de cession |
Des « chocs successifs » qui pèsent sur les comptes
La direction de la filiale française a cité une série de perturbations depuis la pandémie : tensions logistiques, flambée des coûts énergétiques et envolée de matières premières. Parmi elles, le prix du cacao a fortement augmenté en 2024 avant de refluer l’année suivante, un mouvement que le groupe met en avant pour expliquer des demandes d’ajustement tarifaire.
Selon la présidente de Mondelez France, les hausses pratiquées en magasin sont la traduction progressive d’une augmentation des charges. Elle a insisté sur le fait que l’entreprise n’a pas répercuté la totalité de ces surcoûts et que cela a entraîné une « érosion des marges » sur le marché français, désormais moins rentable que d’autres filiales du groupe.
Un cadre de négociation européen, parfois tendu
Les discussions commerciales avec la grande distribution se déroulent souvent via des centrales d’achat internationales, basées en Europe. Ces rendez‑vous, concentrés sur de courtes périodes, multiplient les réunions et complexifient les échanges.
Les négociations portent sur plusieurs volets : le prix d’achat, un plan d’affaires et des mécanismes d’ajustement — les clauses de revoyure — prévues par la loi Egalim pour couvrir les variations de coûts. Mondelez indique que ces clauses sont activées « une à deux fois par an en moyenne » et font l’objet de discussions serrées sur les périodes de référence et la durée de couverture.
Le groupe reconnaît aussi des tensions ponctuelles : pressions sur les volumes, voire disparition temporaire de références en rayon lors de phases de négociation. Mais il souligne que la baisse des volumes peut aussi résulter d’une moindre demande consommateur.
Approvisionnement et matières premières
Pour Mondelez, les matières les plus coûteuses en valeur sont le cacao, le beurre et le sucre, tandis que le blé (transformé en farine) représente le plus gros volume d’achat. Le groupe affirme que la majeure partie du blé utilisé pour ses biscuits est d’origine française et qu’il finance des programmes d’accompagnement pour soutenir des filières durables.
Sur l’origine de certains ingrédients comme le beurre ou le sucre, les réponses fournies en séance ont été plus générales, le cacao restant majoritairement importé hors d’Europe.
Ce que cela signifie pour le consommateur et la distribution
Les enjeux sont concrets : maintien de l’offre en rayon, trajectoire des prix au détail et équilibre financier des sites de production nationaux. Les négociations à venir entre industriels et enseignes, et l’activation des clauses de révision, détermineront en large partie si les augmentations se poursuivent ou si des arbitrages provoquent des changements d’assortiment.
- Risque de raréfaction : certaines références peuvent temporairement disparaître des rayons lors de négociations ou d’ajustements de production.
- Pression sur les prix : les ajustements demandés par les industriels peuvent se traduire, selon l’issue des accords, par des hausses pour le consommateur.
- Compétitivité des sites français : l’écart de rentabilité entre la France et d’autres filiales pose la question de la soutenabilité des emplois et des lignes de production locales.
La session du Sénat a permis de clarifier plusieurs points techniques, sans pour autant lever toutes les incertitudes. Les travaux de la commission devront maintenant croiser ces témoignages avec ceux d’autres acteurs — distributeurs, PME fournisseurs et autorités — pour dresser un tableau complet des mécanismes de prix en France.

Julien Martel analyse l’actualité locale, nationale et internationale avec un regard factuel et accessible. Vous bénéficiez de ses décryptages pour comprendre les événements mondiaux et leurs répercussions concrètes sur votre quotidien. Son approche privilégie la clarté, le contexte et l’utilité de l’information.








