Au Sénat, jeudi 7 mai, députés, responsables de l’éducation et associations ont tiré la sonnette d’alarme : des idéologies masculinistes gagnent du terrain chez les adolescents et se manifestent désormais en classe et en ligne. L’enjeu immédiat est clair : l’« éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle » doit-elle être repensée pour contrer cette diffusion ?
Lors d’une table ronde organisée par la délégation aux droits des femmes, les intervenants ont montré que le phénomène n’est plus théorique. Des enseignants rapportent des comportements de séparation entre filles et garçons, des adolescentes qui s’effacent pour échapper aux remarques, et des propos qui banalisent les violences. Selon un sondage Ifop pour Sidaction cité au Sénat, près de trois quarts des 16–24 ans disent connaître au moins un influenceur portant un discours masculiniste ; une part significative d’entre eux consultent régulièrement ces contenus.
Comment savoir si une idée ou un projet vaut le coup ?
Discours masculinistes dans les collèges et lycées : la parole des victimes réduite au silence
Une problématique récemment identifiée par l’Éducation nationale
Au ministère, la question est arrivée récemment sur l’agenda institutionnel. Anne Padier Savouroux, de la DGESCO, a expliqué que le sujet avait d’abord émergé dans le cadre de la prévention de la radicalisation, avant d’être confirmé par des remontées de terrain. Les chiffres nationaux renforcent cette alerte : l’adolescence représente un point critique, avec une hausse des vulnérabilités — plus d’un tiers des collégiennes déclarent avoir subi des cyberviolences, selon l’Observatoire national des violences faites aux femmes (janvier 2026).
Pour faire face, l’État a renforcé le cadre pédagogique : les programmes d’EVARS entrés en vigueur à la rentrée 2025 imposent désormais trois séances annuelles pour tous les élèves. Le ministère décrit cette mesure comme un levier central pour prévenir la banalisation du sexisme, même si son déploiement reste inégal selon les niveaux scolaires.
- Portée des actions EVARS : au 31 décembre 2025, 66 % des élèves de primaire, 48 % des collégiens et 35 % des lycéens avaient bénéficié d’au moins une séance.
- Exposition en ligne : sondage Ifop pour Sidaction — 73 % des 16–24 ans connaissent un influenceur masculiniste ; 39 % consultent leurs contenus ; 19 % le font régulièrement.
- Violences numériques : plus de 30 % des collégiennes signalent des cyberviolences (Observatoire national, janvier 2026).
L’école face à des changements visibles
Des chefs d’établissement et inspecteurs décrivent une « transformation silencieuse » des relations entre élèves : groupes séparés selon le genre, autocensure des jeunes filles, et comportements visant à invisibiliser la féminité. Certains établissements ont déjà organisé des formations et webinaires pour mieux repérer et répondre à ces évolutions.
Les associations qui interviennent en milieu scolaire constatent, elles aussi, une polarisation des opinions. Selon des retours d’ateliers, les classes peuvent se diviser : une partie des élèves adhère aux idées masculinistes, une autre s’y oppose, et un tiers reste silencieux. Ces groupes portent souvent des discours qui minimisent les violences ou remettent en cause les plaintes, tout en stigmatisant les personnes LGBT+.
Réseaux sociaux et algorithmes : un terreau favorable
Plusieurs intervenants ont pointé le rôle des plateformes numériques. Les contenus diffusés par des influenceurs s’insinuent progressivement, comme une « pluie fine » qui façonne les représentations, pour reprendre l’image d’un responsable associatif. Les adolescents les plus fragiles — qui vivent des situations d’isolement, d’échec scolaire ou de déclassement — peuvent se laisser séduire par ces récits qui donnent un sens à leur colère.
Face à cela, de nombreux acteurs réclament un élargissement de l’EVARS vers une éducation aux médias et au fonctionnement des plateformes : comprendre les mécanismes des algorithmes, décrypter les discours en ligne, et développer l’esprit critique seraient, selon eux, plus efficaces que des leçons moralisatrices.
Des lacunes persistantes dans l’application
Vingt-quatre ans après l’obligation d’éducation à la sexualité à l’école (loi de 2001), la mise en œuvre reste incomplète. La sénatrice Laurence Rossignol a interpellé le ministère sur des questions de fond : qui assure réellement les séances ? qui forme les intervenants ? Ce décalage entre textes et réalité a même valu à l’État une condamnation symbolique en décembre 2025 pour lenteur de déploiement.
La mise en place des trois séances annuelles est un progrès sur le papier, mais la qualité des interventions et l’homogénéité territoriale font encore défaut. Plusieurs responsables demandent des formations systématiques pour les enseignants, des ressources pédagogiques adaptées et un meilleur suivi des actions menées.
Mesures proposées par les intervenants :
- Renforcer la formation initiale et continue des enseignant·es sur les questions de genre et de violences sexistes.
- Intégrer de façon systématique l’éducation aux médias et aux réseaux sociaux dans les séquences EVARS.
- Mobiliser les collectivités, les associations et les familles pour agir en dehors de l’école.
- Suivre et évaluer l’application des séances avec des indicateurs précis au niveau local.
En clôture, la sénatrice Annick Billon a rappelé la nécessité d’agir tôt, dès l’école primaire, pour éviter que les représentations sexistes ne s’enracinent au collège. Son message : la lutte contre le masculinisme ne peut se limiter à l’Éducation nationale ; elle requiert une mobilisation plus large de la société, des parents aux plateformes numériques.
Le débat lancé au Sénat souligne une évidence : la réponse éducative doit évoluer pour rester en phase avec des pratiques en ligne qui changent vite. À défaut, les établissements risquent de voir s’installer des logiques de domination qui fragilisent l’égalité et la sécurité des élèves.

Julien Martel analyse l’actualité locale, nationale et internationale avec un regard factuel et accessible. Vous bénéficiez de ses décryptages pour comprendre les événements mondiaux et leurs répercussions concrètes sur votre quotidien. Son approche privilégie la clarté, le contexte et l’utilité de l’information.








