Claire Hédon: droits en recul, elle sonne l’alarme au Sénat en quittant ses fonctions

Lors de son audition devant la commission des lois du Sénat le 3 juin, Claire Hédon a tiré la sonnette d’alarme sur l’état des libertés en France à quelques semaines de la fin de son mandat. Son constat, appuyé par les chiffres de son dernier rapport, pointe des conséquences concrètes pour l’accès aux droits et la confiance des citoyens dans les institutions.

Dans son sixième et dernier rapport annuel, rendu public le 9 avril, la Défenseure des droits décrit une activité inédite et une multiplication des signalements, révélateurs selon elle d’une « fragilisation » des protections. L’institution, qui s’appuie sur un réseau important d’agents et de délégués, a enregistré une hausse sensible des réclamations ces dernières années.

Une activité en forte progression

En 2025, le service a traité un volume record de plaintes. Les chiffres-clés présentés devant les sénateurs montrent une montée des demandes qui interfère avec la capacité des institutions à répondre efficacement.

Thème Chiffre
Réclamations traitées en 2025 165 000 réclamations (hausse ≈ 70 % depuis 2020)
Usagers déclarant des difficultés administratives Plus de 60 % (vs 40 % en 2016)
Part des dossiers consacrés à la protection de l’enfance Près d’un tiers
Dossiers lanceurs d’alerte en 2025 929 (de <100 en 2021)

Accès aux services publics : la dématérialisation questionnée

Claire Hédon pointe un point saillant : la distance grandissante entre l’administration numérique et une partie de la population. Selon elle, l’externalisation des démarches vers des plateformes en ligne a créé des obstacles significatifs.

Résultat : moins d’un Français sur deux se déclare capable de réaliser seul ses démarches numériques. Un grand nombre renonce même à demander des droits par peur de la complexité — environ un quart des personnes concernées, d’après l’institution.

Des exemples concrets ont alimenté le débat, notamment la plateforme de traitement des demandes de titre de séjour (ANEF), devenue incontournable pour certains dossiers. Le Conseil d’État a récemment donné raison à la nécessité d’un accès effectif à ce service, rappelant l’obligation pour l’État de garantir des modalités utilisables par tous.

La Défenseure des droits a également critiqué certaines fermetures d’accueil physique au profit d’espaces mutualisés, estimant que le basculement ne peut pas se faire au détriment des publics les plus fragiles.

Protection de l’enfance : lacunes opérationnelles

La prise en charge des mineurs constitue une source majeure de plaintes. Au-delà des textes, c’est l’application et les moyens qui inquiètent : refus de placements faute de places disponibles, parcours individuels brisés, situations dramatiques.

Sur les établissements relevant de la protection judiciaire, les données montrent des fragilités lourdes : en centre éducatif fermé, une proportion très élevée des jeunes présente des troubles psychiques ou des conduites addictives — des éléments qui, selon la Défenseure, plaident pour des réponses éducatives renforcées plutôt que purement répressives.

Pour elle, les priorités sont claires : donner la primauté à l’action éducative, adapter la responsabilité pénale à l’âge et maintenir des juridictions spécialisées pour les mineurs.

Déontologie policière et contrôles d’identité

La relation entre forces de l’ordre et population reste un sujet sensible. L’enquête de l’institution met en lumière des pratiques problématiques : près d’un répondant sur cinq signale un comportement jugé non professionnel lors d’un contrôle.

Les données font également apparaître des inégalités marquées selon l’apparence perçue : des jeunes hommes identifiés comme noirs ou arabes sont contrôlés beaucoup plus fréquemment que d’autres. La Défenseure a évoqué la nécessité d’une réponse disciplinaire claire dans des affaires emblématiques et rappelé l’importance de la transparence — notamment via l’usage des caméras-piétons.

Elle admet un regret personnel : ne pas avoir suffisamment fait évoluer les pratiques liées aux contrôles d’identité. Malgré des avancées juridiques, dont une condamnation de la France par la Cour européenne des droits de l’homme en juin 2025, le problème persiste.

L’essor des signalements des lanceurs d’alerte

Enfin, l’institution a constaté une montée rapide des recours de lanceurs d’alerte, signe d’une plus grande volonté de transparence mais aussi d’un besoin d’accompagnement. Les dossiers sont passés de quelques dizaines à près de mille en quelques années.

Problème soulevé : la loi prévoit des protections mais aucun budget spécifique n’a encore été dégagé pour les rendre effectives. Claire Hédon a plaidé pour une meilleure coordination des autorités réceptrices et un renforcement des aides psychologiques et financières accordées aux signalants.

  • Ce qui inquiète aujourd’hui : la multiplication des réclamations et l’insuffisance des moyens pour y répondre.
  • Impacts concrets : accès aux droits dégradé, perte de confiance dans l’institutionnel, vulnérabilité accrue des publics fragiles.
  • Priorités proposées : réadapter les services aux usagers, appliquer les lois existantes, renforcer la protection des lanceurs d’alerte, clarifier la déontologie policière.

À l’approche de son départ, fixé au 21 juillet, Claire Hédon a voulu laisser un message aux parlementaires : la protection des droits n’est pas négociable car elle fonde la cohésion sociale. Son appel, sobre mais ferme, insiste sur le rôle de son institution comme garde-fou nécessaire pour préserver la confiance collective.

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