Auchan sonne l’alarme: marges des marques en hausse, nouveau coup pour le pouvoir d’achat

Le 3 février, lors d’une audition devant la commission sénatoriale chargée d’examiner les marges dans l’industrie et la grande distribution, un dirigeant d’Auchan a vivement critiqué les pratiques tarifaires de certains fournisseurs. Ces échanges interviennent au moment où s’ouvrent les négociations commerciales annuelles et peuvent peser sur les prix en rayon et la disponibilité des produits.

Vincent Avignon, directeur des achats d’Auchan Retail, a dénoncé une politique de remontée de marges chez plusieurs grands industriels depuis la crise sanitaire, estimant que les demandes de hausses tarifaires étaient nettement supérieures aux réalités de coût. Selon lui, les fabricants ont proposé des augmentations pouvant atteindre un tiers entre 2020 et 2025, alors que la hausse finalement répercutée en rayon aurait été plus modérée.

Des augmentations annoncées supérieures aux hausses réelles

Le responsable a expliqué aux sénateurs que, malgré un retour de l’inflation vers des niveaux bas (inférieurs à 1 % selon l’Insee), les industriels cherchent régulièrement à obtenir plusieurs points de hausse « au-dessus de la réalité ». Dans la pratique, cela oblige les distributeurs à consacrer une part importante du temps de négociation à ramener les propositions vers des niveaux jugés cohérents.

Il a pris l’exemple des produits d’épicerie sucrée pour illustrer ces écarts : certaines marques présenteraient des coûts qui semblent artificiellement gonflés, tandis que d’autres ont consenti des baisses. La méthode mise en avant par plusieurs fournisseurs s’appuie sur une disposition de la loi Egalim, connue sous le nom de option 3, consistant à produire une attestation d’un commissaire aux comptes sur la part de la matière première agricole dans la hausse tarifaire. D’après M. Avignon, cette attestation manque souvent de précisions, notamment sur l’origine des matières premières, ce qui alimente « une opacité » dans les discussions.

Pression commerciale et retrait de références

Le débat a également porté sur le bras de fer entre la centrale d’achats Everest (regroupant Intermarché, Auchan et Casino) et le groupe Lactalis. La multinationale accuse la centrale d’écarter certains produits des rayons pour obtenir des baisses de prix ; de son côté, la direction des achats d’Auchan justifie ces décisions par la nécessité de préserver la rentabilité des assortiments.

« Quand un produit fait zéro marge, je peux le retirer », a résumé le cadre en substance, expliquant que l’assortiment est un levier stratégique : « je peux donner le linéaire à qui je veux ». Autrement dit, le refus d’accepter des conditions commerciales défavorables se traduit parfois par la suppression temporaire ou durable de références.

Pourquoi cela importe pour le consommateur

La confrontation entre distributeurs et industriels ne concerne pas seulement les acteurs eux‑mêmes : elle se traduit par des choix concrets en magasin — prix, promotions, présence ou absence de certains produits — et influence la part de marché des marques de distributeur. Pour Auchan, le développement de ces marques est une réponse aux tensions de négociation et à la recherche de maîtrise des coûts.

Autre point soulevé : la loi Descrozaille (2023), qui encadre les promotions sur certains rayons (droguerie, parfumerie, hygiène). Selon M. Avignon, en soumettant ces catégories aux mêmes restrictions que l’alimentaire, la mesure a pesé sur le compte d’exploitation des enseignes.

  • Demandes des industriels : propositions d’augmentation parfois de l’ordre de 30–35 % (2020–2025), répercussion en rayon estimée autour de 20–25 %.
  • Opacité invoquée : l’option 3 de la loi Egalim produit des attestations jugées insuffisamment détaillées.
  • Conséquences commerciales : retrait de produits jugés non rentables, renforcement des marques propres.
  • Impact réglementaire : la loi Descrozaille réduit la marge de manœuvre sur les promotions hors alimentaire, selon la distribution.

Interrogé sur la fixation des marges, Vincent Avignon a expliqué que la distribution ne « fixe » pas les marges de façon arbitraire : l’objectif consiste d’abord à maîtriser les coûts et à rester compétitif sur un marché où les prix sont très dynamiques. Après déduction des charges (salaires, pertes, entretien, investissements), les marges disponibles seraient très limitées, a‑t‑il précisé.

Pour les sénateurs, ces auditions offrent un éclairage direct sur les tensions qui traversent la chaîne alimentaire et commerciale. Elles interviendront dans un contexte de négociations annuelles dont l’issue aura des conséquences sur les prix à la consommation et sur l’offre en magasin au cours des prochains mois.

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