En janvier 2026, le Sénat a bloqué une proposition visant à reconnaître les accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH) comme agents de la fonction publique. Ce refus relance l’inquiétude : sans cadre statutaire et meilleures conditions, l’accueil scolaire des élèves handicapés risque de s’effriter pour des milliers de familles.
Sur le terrain, l’inclusion dépend souvent d’un accompagnant
Dans une école primaire de Lens, quatre AESH assurent le suivi d’une vingtaine d’élèves à temps partiel. Parmi eux, Obayy, élève de CP diagnostiqué autiste, progresse grâce à un accompagnement quotidien adapté : travail sur les syllabes, premiers repères en numération. Sans cette présence dédiée, l’enseignante reconnaît que les apprentissages et les interactions sociales seraient mis en péril.
Les accompagnants interviennent comme des relais essentiels entre les enseignants, les familles et l’enfant. Ils permettent parfois l’intégration en classe ordinaire lorsque des besoins particuliers exigent un suivi individualisé.
Un métier reconnu mais fragile
La profession est majoritairement féminine : plus de neuf AESH sur dix sont des femmes. Malgré leur rôle central, leurs conditions restent précaires. La formation initiale obligatoire se limite à 60 heures, un volume jugé insuffisant face à la diversité des pathologies rencontrées. Des témoignages recueillis par des syndicats locaux font état d’accompagnants ayant dû gérer des situations médicales sans formation aux gestes d’urgence.
La rémunération aggrave la précarité : beaucoup perçoivent moins de 1 000 euros par mois pour environ 24 heures de présence hebdomadaire, un niveau jugé incompatible avec une stabilité professionnelle. De fait, plusieurs AESH abandonnent le métier faute de perspectives.
- 60 heures : durée minimale de formation initiale obligatoire.
- 24 heures : temps de présence moyen hebdomadaire d’un AESH.
- ~1 000 € : salaire mensuel moyen estimé pour de nombreux accompagnants.
- 140 000 : nombre d’AESH en poste aujourd’hui en France.
- 350 000 : élève(s) en situation de handicap accompagnés quotidiennement.
Les syndicats et élus réclament un statut
Pour les organisations professionnelles, l’intégration des AESH au statut de fonctionnaire constituerait une mesure structurante : meilleur cadre de carrière, formation renforcée, et revalorisation salariale. Les partisans de la réforme y voient aussi une condition pour maintenir un maillage suffisant d’accompagnants dans les établissements scolaires.
Du côté politique, la sénatrice Cathy Apourceau-Poly a multiplié les rencontres avec des familles et des AESH dans le Pas-de-Calais. Elle alerte sur le risque d’un départ massif des personnels si la situation reste inchangée et annonce qu’elle envisage de déposer de nouvelles initiatives législatives après l’échec de la proposition socialiste début janvier 2026.
À court terme, l’enjeu est concret pour des centaines de milliers d’élèves : la stabilité des accompagnements conditionne non seulement l’accès aux apprentissages, mais aussi l’inclusion sociale au sein de la classe. Sans mesures rapidement mises en œuvre, la promesse d’une école inclusive pourrait se heurter à une réalité de terrain moins protectrice.
Clément Guillonneau

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