Lors d’une audition ce jeudi, la délégation aux droits des femmes du Sénat a interrogé les dirigeants d’Ubisoft sur les progrès accomplis depuis les révélations de 2020 et les suites judiciaires récentes. À l’heure où le secteur du jeu vidéo se pose des questions sur la place des femmes et la prévention du harcèlement, ces témoignages éclairent les mesures prises et les défis encore à relever.
Le contexte est simple : le jeu vidéo est aujourd’hui la première industrie culturelle mondiale, avec un marché évalué à près de 190 milliards d’euros. En France, le secteur génère environ 6 milliards d’euros et soutient quelque 10 000 emplois, tandis que près de 30 millions de personnes jouent régulièrement. Les femmes constituent la moitié des joueuses, mais restent sous-représentées dans les studios et les postes à responsabilité.
Ubisoft, groupe français de 17 000 salariés, reflète ce déséquilibre : la part des collaboratrices est d’environ 23 %, et elles occupent près de 21 % des postes de direction, selon la direction du studio parisien. Le groupe a été profondément secoué par la vague #MeToo en 2020 ; la procédure judiciaire qui a suivi a conduit, en 2025, à la condamnation de plusieurs anciens cadres par le tribunal de Bobigny, avec des peines allant jusqu’à des suspensions de peine pour des faits de harcèlement.
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Renforcement des dispositifs internes
Depuis ces révélations, la direction présente une réponse structurelle. Une cellule dédiée a été mise en place en 2020 pour piloter la prévention, le traitement des signalements et l’amélioration continue des procédures. Basée sur plusieurs continents, l’équipe rassemble aujourd’hui huit personnes spécialisées et collabore avec les ressources humaines locales.
La direction affirme avoir adopté une posture de zéro tolérance vis‑à‑vis des comportements sexistes et des violences sexuelles, en multipliant formations et protocoles internes. Lors de l’audition, la vice‑présidente exécutive a insisté sur la priorité donnée à ces sujets et sur l’adaptation des processus de signalement.
Sur le plan chiffré, le groupe indique que l’exercice 2025 a enregistré 147 alertes qualifiées pour l’ensemble de ses 17 000 salariés. Ces signalements couvraient un spectre allant des conflits et incivilités aux cas avérés de harcèlement : le bilan 2025 mentionne notamment trois cas de harcèlement moral et deux cas de harcèlement sexuel reconnus.
- Création d’une équipe spécialisée et internationale pour gérer les alertes;
- Modules de formation destinés aux salariés pour mieux identifier et prévenir les comportements toxiques;
- Programme de fair‑play et outils de modération pour les communautés de joueurs;
- Approche hybride combinant technologies de détection et intervention humaine;
- Sanctions graduées, pouvant aller jusqu’au bannissement des joueurs fautifs;
- Accompagnement et consignes aux employés souhaitant partager leur travail en ligne.
La lutte contre la toxicité ne se limite pas aux studios. Ubisoft a développé des systèmes mêlant algorithmes et équipes humaines pour repérer et sanctionner les comportements problématiques dans les jeux en ligne. Selon l’un des responsables présents, la modération est devenue essentielle pour préserver des expériences de jeu saines et fidéliser les communautés.
Le groupe a aussi alerté les parlementaires sur une tendance récente : depuis l’été 2025, plusieurs concepteurs — souvent des femmes ou des personnes issues de la diversité — ont été la cible de harcèlement sur les réseaux après avoir partagé des éléments de leur travail. Ubisoft affirme former ses salariés aux risques liés à la promotion de leurs créations en ligne, tout en reconnaissant leur liberté de publier.
Deux mois plus tôt, la délégation avait entendu le témoignage d’Ultia, streameuse qui dit avoir été la cible d’années de cyberharcèlement après avoir dénoncé des propos sexistes d’un créateur lors du ZEvent 2021 — un rappel que la violence en ligne touche autant les créatrices que les équipes en entreprise.
Que retenir ?
Les réformes engagées par Ubisoft montrent une volonté d’encadrement renforcé et produisent des effets mesurables, selon la direction. Mais la présence persistante de cas confirmés et l’explosion récente d’attaques ciblées contre des développeurs soulignent que la transformation reste incomplète.
Pour que les progrès se maintiennent, plusieurs pistes apparaissent : plus de transparence sur les procédures, un suivi indépendant des signalements, et des efforts constants pour augmenter la représentation des femmes et des personnes issues de la diversité dans tous les métiers du jeu.
La délégation du Sénat poursuit ses auditions : l’enjeu est clair pour l’industrie française et les millions de joueuses et joueurs concernés — il s’agit autant de sécuriser les environnements de travail que de protéger les communautés en ligne.

Julien Martel analyse l’actualité locale, nationale et internationale avec un regard factuel et accessible. Vous bénéficiez de ses décryptages pour comprendre les événements mondiaux et leurs répercussions concrètes sur votre quotidien. Son approche privilégie la clarté, le contexte et l’utilité de l’information.









