Violences parentales: les pères en tête malgré les mises en garde

La troisième édition du baromètre Ifop pour la Fondation pour l’enfance, publiée le 17 avril, révèle que les perceptions de l’autorité parentale et du recours aux punitions restent profondément marquées par le genre. Malgré l’interdiction légale depuis 2019, une partie significative des parents, et surtout des pères, continue de considérer les châtiments corporels comme un outil éducatif.

Un clivage net entre pères et mères

Les résultats montrent une divergence importante dans la façon d’appréhender la discipline. Une proportion notable d’hommes estime que des sanctions physiques peuvent être nécessaires pour corriger certains comportements, alors que les femmes se montrent en moyenne plus réservées.

Concrètement, 40 % des pères pensent que la fessée ou la gifle peut aider un enfant à distinguer le bien du mal, contre 25 % des mères. Cette différence s’observe aussi lorsque l’enfant adopte un comportement agressif : 46 % des pères jugent alors une sanction physique légitime, contre 33 % des mères.

Des représentations opposées des effets

Certaines personnes attribuent à ces pratiques des bénéfices éducatifs (faire cesser un geste, poser des limites), tandis que d’autres insistent sur les risques psychologiques, physiques ou sur la banalisation de la violence. Le baromètre note que l’écart entre hommes et femmes s’est accentué par rapport à l’édition précédente.

La loi n’a pas tout changé

Depuis le 10 juillet 2019, la loi interdit toute violence physique ou psychologique dans l’exercice de l’autorité parentale. Les textes et les décisions jurisprudentielles rappellent qu’il n’existe pas de « droit de correction ». Pourtant, l’interdiction peine à transformer les pratiques quotidiennes.

  • 83 % des parents admettent avoir eu recours à des violences verbales ou psychologiques (cris, menaces, mise à l’écart) au cours de l’année écoulée.
  • 37 % reconnaissent avoir exercé des violences physiques (taper, pincer, secouer).
  • 32 % estiment qu’élever la voix ou menacer peut aider à faire comprendre les règles.
  • 39 % considèrent la punition physique justifiée si l’enfant est violent ; 21 % la jugent acceptable en cas de désobéissance.

Ces chiffres montrent que, malgré le cadre légal, une partie des parents continue de normaliser des pratiques proscrites.

Transmission et poids de l’éducation reçue

La manière dont une génération a été élevée pèse fortement sur la suivante. Les enquêtés indiquent majoritairement que leurs propres expériences d’enfant influencent leur façon d’éduquer.

Près des deux tiers des parents reconnaissent ce lien, proportion qui monte à 79 % parmi ceux qui ont eux-mêmes subi des violences éducatives. Ce mécanisme d’héritage contribue à maintenir des gestes et des attitudes, même lorsqu’ils sont désormais interdits.

Pour la Fondation pour l’enfance, ces données plaident pour des politiques de prévention différenciées : il ne s’agit pas d’adresser les parents comme un bloc homogène, mais de tenir compte des représentations distinctes de l’autorité selon le genre et des trajectoires personnelles.

Ce que cela implique pour les familles et les politiques publiques

Sur le plan concret, la persistance des pratiques interdites pose des questions sur la protection de l’enfance, la formation des professionnels et l’accompagnement des parents. Les campagnes d’information seules semblent insuffisantes si elles ne prennent pas en compte les écarts de perception entre pères et mères.

Les éducateurs, médecins et acteurs sociaux sont ainsi invités à adapter leur approche : sensibiliser, proposer des alternatives concrètes à la punition physique et soutenir les parents marqués par leur propre passé. Sans action ciblée, la loi risque de rester une règle sur le papier plutôt qu’un changement effectif des comportements.

Méthodologie : l’enquête a été réalisée en ligne par l’Ifop pour la Fondation pour l’enfance auprès d’un échantillon représentatif de 1 005 parents d’enfants âgés de 0 à 17 ans, entre le 30 janvier et le 9 février 2026. Le baromètre parait tous les deux ans depuis 2022.

La législation a évolué, mais les mentalités mettent plus de temps à suivre.

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