Droit des collectivités simplifié: une avancée limitée, avertit Françoise Gatel

Auditionnée ce mardi par la commission des Lois du Sénat, la ministre de l’Aménagement du territoire a présenté un projet de loi axé sur la simplification des règles pour les collectivités locales — un texte qu’elle décrit comme pragmatique mais qui éloigne, pour l’instant, l’idée d’un vaste chantier de décentralisation. Pour les communes et les intercommunalités, le choix de concentrer le travail sur des allègements réglementaires aura des effets concrets sur les services locaux et la gouvernance territoriale.

Françoise Gatel, ancienne sénatrice et désormais en charge de la Ruralité puis de l’Aménagement du territoire et de la décentralisation, s’est expliquée devant la commission qu’elle préside autrefois. Elle a justifié la démarche par l’accumulation normative des deux dernières décennies : codes alourdis, règles parfois contradictoires, procédures qui freinent l’action locale.

Un projet technique plutôt qu’un grand plan

Le projet transmis au Sénat rassemble 42 mesures au niveau législatif, complétées par deux importants décrets regroupant chacun plusieurs dizaines de dispositions — soit plus de soixante-dix simplifications au total. Le registre est volontairement opérationnel : suppression d’obligations administratives jugées redondantes, ajustements de dispositifs d’aide, et clarifications de procédures.

La ministre a souligné que l’exécutif souhaite accompagner l’écriture des décrets d’application avec les rapporteurs afin de préserver « l’esprit » du texte et d’éviter des interprétations administratives trop strictes. En toile de fond, le gouvernement considère que lancer un vaste texte de décentralisation aujourd’hui risquerait d’enclencher des débats intenses sans garantir d’aboutissement, dans un contexte politique marqué par l’approche de l’élection présidentielle.

Ce que contiennent les mesures — et ce qui fâche

Parmi les mesures pratiques figurent la suppression d’obligations techniques pour les petites collectivités et des ajustements destinés à améliorer la gestion des dommages climatiques. La ministre a cité l’exemple de la mise en œuvre du principe de zéro artificialisation nette, instauré en 2021, qui, selon elle, nécessite des clarifications pour ne pas pénaliser inutilement les projets locaux.

Mais le texte suscite aussi des oppositions. Deux rapporteurs LR ont déjà annoncé des amendements pour supprimer certains articles — notamment ceux qui visent la réforme du statut des secrétaires de mairie et ceux touchant aux pensions des élus locaux — estimant qu’ils reviendraient sur des avancées récentes en matière de valorisation des métiers municipaux.

  • Volume : 42 mesures législatives + deux méga-décrets (plus de 70 mesures réglementaires au total).
  • Exemples concrets : suppression d’obligations techniques (ex. vidange annuelle de piscines), ajustements de la DSEC pour les collectivités victimes d’événements climatiques.
  • Oppositions annoncées : retrait possible des dispositions sur les secrétaires de mairie et sur les retraites des élus locaux.
  • Calendrier : débats en séance prévus les 23, 24 et 25 juin, avec plus de 300 amendements déposés en commission.
  • Enjeu politique : le gouvernement reporte, pour cette mandature, l’ambition d’un grand texte de décentralisation.

Les sénateurs ont interrogé la ministre sur l’absence d’un calendrier précis pour un éventuel projet de décentralisation : Françoise Gatel a reconnu la volonté initiale d’en présenter un mais a expliqué que, face aux risques de polémiques et à la complexité parlementaire, il vaut mieux avancer pas à pas. Plusieurs élus locaux, et des parlementaires, regrettent toutefois ce choix, estimant qu’un cadre plus large aurait permis de redonner des marges de manœuvre aux communes.

À quoi s’attendre dans les jours qui viennent

Les prochains débats s’annoncent serrés : la commission a déjà reçu des centaines d’amendements et plusieurs thèmes sensibles devraient concentrer l’attention — protection des personnels communaux, finances locales, et l’articulation entre normes environnementales et projets d’aménagement.

Pour les collectivités, l’enjeu est simple et immédiat : obtenir des règles plus lisibles et moins contraignantes pour faciliter les projets locaux, sans pour autant fragiliser des protections environnementales ou sociales. Le compromis entre efficacité administrative et garanties publiques sera au cœur des arbitrages parlementaires.

À suivre : l’examen en séance fin juin, les arbitrages sur les articles contestés et la manière dont les décrets d’application seront rédigés — autant d’étapes qui détermineront si ce texte sera perçu comme un véritable allégement ou comme un assemblage de petites mesures sans portée stratégique.

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