Ormuz: le général Trinquand alerte sur le risque d’un péage maritime

Un éventuel compromis entre Téhéran et Mascate pourrait être dévoilé ce mercredi : Washington présente cet accord provisoire comme une première solution pour rouvrir le transit maritime dans le détroit d’Ormuz, zone stratégique pour le commerce et l’énergie mondiale. Si les discussions aboutissent, l’impact direct se ferait sentir sur la sécurité des routes maritimes et la stabilité régionale — mais des questions politiques et juridiques restent en suspens.

L’Iran a annoncé mercredi travailler avec le sultanat d’Oman à une « déclaration conjointe », a rapporté l’agence officielle Irna, en précisant que le texte dépendrait de l’absence d’interférences extérieures. De son côté, la Maison-Blanche et la diplomatie américaine ont multiplié les signaux d’optimisme ; le président a affirmé que le détroit pourrait rouvrir « très bientôt » et a laissé entendre qu’un accord pourrait intervenir d’ici quelques jours.

Un cadre temporaire à 60 jours, selon Axios

Le site américain Axios, citant des sources régionales, décrit un projet d’accord temporaire de 60 jours pour organiser les passages dans le détroit. Le principe : séparer les flux entrants et sortants en utilisant deux couloirs distincts — l’un côté Iran pour les navires entrants, l’autre côté Oman pour les navires sortants — et procéder au déminage de la voie centrale pendant la durée de l’arrangement.

Aux termes évoqués, aucun droit de passage ni péage ne serait exigé au cours de cette période transitoire, tandis que des mesures de sécurité seraient mises en place pour limiter les risques immédiats pour la navigation.

Quelle finalité pour Téhéran ?

Plusieurs observateurs interprètent ces manœuvres comme la première étape d’un schéma plus pérenne. Le général Dominique Trinquand, ancien chef de la mission militaire française auprès de l’ONU, estime que l’objectif iranien pourrait être d’obtenir des garanties en échange d’un contrôle renforcé du trafic, pouvant aboutir à l’instauration d’un péage ou d’un droit de passage rémunéré.

Des précédents existent ailleurs : dans le détroit de Malacca, par exemple, la coordination entre États riverains s’accompagne de contributions financières volontaires liées aux services de sécurisation. Selon Reuters, les négociateurs omanais auraient même proposé à l’Iran un modèle de gestion inspiré de Malacca, tandis que l’Iran envisagerait une régulation du trafic comparable à celle exercée par la Turquie sur le Bosphore.

  • Nature de l’accord : provisoire (60 jours) avec corridors opposés pour l’entrée et la sortie.
  • Mesures immédiates : déminage de la voie centrale et mise en place de garanties de sécurité.
  • Finances : pas de péage pendant la période transitoire ; la question du droit de passage n’est pas tranchée.
  • Acteurs : Oman et Iran en première ligne ; implication diplomatique américaine et pressions des pays du Golfe.

Malgré ces convergences apparentes, les positions restent éloignées sur le fond. Avant l’escalade des frappes en février, le passage se faisait sans entrave et sous le principe de la liberté de navigation. La République islamique, après certaines attaques, avait évoqué la possibilité d’exiger des montants élevés pour autoriser le transit — une perspective qui alarmerait les États occidentaux et les exportateurs d’hydrocarbures.

Ces derniers jours, des pays du Golfe, notamment l’Arabie saoudite et le Qatar, ont poussé pour une relance des négociations. Mardi, le président américain a eu un échange téléphonique avec l’émir du Qatar, cheikh Tamim ben Hamad al-Thani, au sujet d’efforts visant « à apaiser les tensions » et à rapprocher Téhéran et Washington, selon un communiqué de l’émirat.

Sur le plan juridique, le dossier mêle règles de la mer — qui garantissent la liberté de navigation — et revendications de souveraineté locale. Un accord temporaire limiterait le risque immédiat d’incidents et faciliterait le trafic commercial, mais il ne résoudrait pas les questions de long terme : qui contrôle quoi, à quels prix, et sous quelles garanties de sécurité.

Pour les entreprises maritimes et les marchés, l’annonce d’un accord provisoire peut réduire l’incertitude à court terme, mais les opérateurs resteront attentifs à la durabilité de l’arrangement et à la rapidité des déminages. Au plan diplomatique, un compromis omano-iranien aiderait à désamorcer une crise régionale, sans pour autant effacer les enjeux financiers et politiques qui demeurent au cœur des tensions.

Surveillez les prochaines heures : si un texte est rendu public, il faudra en scruter les clauses de mise en œuvre, la chronologie du déminage et les garanties offertes par les États tiers pour mesurer l’effet réel sur la sécurité des routes maritimes et sur les prix de l’énergie.

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