Depuis toujours engagé pour la protection du vivant, Allain Bougrain‑Dubourg revient sur l’évolution politique et juridique de la cause écologique — et sur ses désillusions. Invité cette semaine de Rebecca Fitoussi dans « Un monde, un regard », il livre un bilan lucide des progrès et des blocages qui pèsent aujourd’hui sur la biodiversité en France.
Rencontres avec les pouvoirs : promesses et déceptions
Au fil des décennies, le président de la Ligue pour la protection des oiseaux a croisé plusieurs chefs d’État et ministres. Il confie ressentir une ambivalence : des entretiens qui donnent l’impression d’avoir été compris, mais une traduction politique souvent insuffisante.
Comment aider les enseignants à adopter efficacement les nouvelles technologies ?
Mazarine Pingeot admet avoir défié François Mitterrand : confidences sur leur relation

Sur Emmanuel Macron, Bougrain‑Dubourg attendait davantage d’avancées concrètes. L’espoir initial, puis la frustration, illustrent le hiatus fréquent entre bonnes intentions et décisions structurantes.
Quand un chasseur soutient la protection de la nature
Il est frappé par le paradoxe de certains responsables : on trouve chez eux, parfois, une sensibilité réelle à la faune et aux milieux, même s’ils pratiquent la chasse. À ses yeux, **Valéry Giscard d’Estaing** incarne ce double visage — capable d’intérêt pour les sciences naturelles et à l’origine d’un texte majeur qui a encadré la protection des espèces en France.
Plus tard, le **Grenelle de l’environnement**, lancé sous Nicolas Sarkozy, reste pour lui un jalon politique notable : il a abouti à des lois dont beaucoup d’obligations quotidiennes de protection découlent encore aujourd’hui.
Un écologisme qui devrait retrouver sa singularité
Sur le plan partisan, Bougrain‑Dubourg regrette que **Europe Écologie Les Verts** ait parfois perdu son identité propre, répondant aux mêmes impératifs que d’autres formations. Selon lui, l’écologie gagnerait à remettre au centre la qualité de vie et la santé, plutôt que de se fondre dans la gestion générale de la société.
Il souligne aussi la contrainte du calendrier électoral : la politique privilégie le court terme alors que la nature exige de la patience et des choix à long terme — planter des graines dont on ne verra pas l’arbre achevé.

Choisir l’indépendance plutôt que le portefeuille ministériel
Plutôt que d’entrer au gouvernement, il a systématiquement préféré conserver son indépendance militante. Cette position lui permet, dit‑il, de ne pas sacrifier ses convictions sur l’autel de la discipline de parti.
La bataille juridique au cœur de la défense du vivant
Pour Bougrain‑Dubourg, les tribunaux sont devenus un terrain essentiel de la protection de la nature. Sa réussite la plus marquante est l’inscription de la réparation du préjudice causé à l’environnement dans le droit — un combat long de dix ans, lancé après la marée noire de l’Erika, et mené en association avec des avocats déterminés.

Cette voie judiciaire permet, selon lui, d’obliger les pollueurs à répondre des atteintes non marchandes subies par les écosystèmes — une transformation pratique des responsabilités entreprises.
- Loi de protection de la nature : texte fondateur ayant encadré la protection des espèces et des milieux.
- Grenelle de l’environnement : plateforme politique aboutissant à des lois qui ont structurellement modifié certaines pratiques quotidiennes.
- Préjudice écologique : notion juridique désormais mobilisable pour réparer les atteintes au vivant non marchand.
Climat et biodiversité : deux urgences liées
Si les effets du dérèglement climatique — tempêtes, sécheresses, épisodes pluvieux extrêmes — sont de plus en plus visibles et intégrés au débat public, la sauvegarde de la biodiversité conserve un statut moins urgemment traité selon lui.
La disparition d’une espèce locale peut rester invisible jusqu’à ce qu’il soit trop tard : perdre des organismes, parfois mal connus ou peu médiatisés, affaiblit les écosystèmes dont dépend la société entière.
Pour le militant, la question est claire : il faut accélérer les mesures de protection et renforcer les outils juridiques et politiques qui les soutiennent. Sans cela, la lutte contre le changement climatique restera incomplète.
La conversation complète avec Rebecca Fitoussi est diffusée dans l’émission « Un monde, un regard » ; elle permet d’entendre en détail les analyses et propositions de celui qui a fait de la défense du vivant son métier de parole publique.

Julien Martel analyse l’actualité locale, nationale et internationale avec un regard factuel et accessible. Vous bénéficiez de ses décryptages pour comprendre les événements mondiaux et leurs répercussions concrètes sur votre quotidien. Son approche privilégie la clarté, le contexte et l’utilité de l’information.








