L’absence des États‑Unis dans les récentes négociations autour du détroit d’Ormuz, conjuguée à la décision unilatérale d’Israël sur le plan de paix pour Gaza, interroge sur la portée réelle de l’autorité américaine au Moyen‑Orient. Pour Romuald Sciora, chercheur associé à l’IRIS, ces épisodes dessineraient le début d’une redéfinition durable des équilibres régionaux.
Des intermédiaires régionaux qui prennent la main
Ces dernières semaines, des pays du Golfe ont préféré traiter directement avec Téhéran, en s’appuyant sur des acteurs tiers comme Oman, plutôt que d’attendre une médiation américaine. Selon Sciora, la voix de Washington n’est plus perçue comme un arbitre incontournable : elle a perdu en crédibilité après une série de choix stratégiques jugés imprévisibles.
Comment repenser le placement en programmes d’excellence pour réduire l’écart d’opportunités ?
Réseaux sociaux moins de 15 ans: l’engagement de Macron pour une appli semble abandonné

Ce déplacement du centre de gravité diplomatique se lit dans la manière dont la réouverture du détroit d’Ormuz a été négociée — un dossier devenu prioritaire pour beaucoup, souvent au détriment d’autres enjeux, notamment nucléaires.
Alliés qui s’émancipent
Plusieurs gouvernements régionaux ont conclu qu’il leur était plus utile d’agir sans l’aval explicite de Washington. Le cas israélien est éclairant : la révision par Benyamin Netanyahu d’un accord concernant Gaza a été interprétée comme une prise de distance politique, partiellement motivée par des calculs domestiques à l’approche d’élections.

Pour Sciora, ces décisions montrent que les partenaires traditionnels n’hésitent plus à faire « à leur manière » lorsque les intérêts électoraux ou sécuritaires l’exigent, quitte à s’affranchir de la coordination américaine.
Vers un basculement stratégique ?
Le chercheur estime que le conflit avec l’Iran pourrait marquer un point d’inflexion historique : non pas forcément la fin soudaine des États‑Unis, mais la confirmation d’une tendance de fond où leur influence se dilue au profit d’alliances régionales et multipolaires.
Cette évolution s’accompagne d’initiatives concrètes : certains États du Golfe multiplient les partenariats de défense avec des acteurs comme la Turquie ou le Pakistan, tandis que d’autres obtiennent des concessions directes de l’Iran sans l’intervention américaine.
Autre facteur important, selon Sciora : la volonté affichée de l’administration américaine actuelle de rompre avec certains mécanismes multilatéraux hérités de l’après‑1945. Ce choix idéologique, soutenu par des courants de droite radicale, fragilise les réseaux d’alliances qui avaient longtemps servi de socle à la puissance américaine.
- Sécurité énergétique : des tensions autour d’Ormuz pèsent directement sur le prix du pétrole et la stabilité des approvisionnements.
- Engagements militaires : les pays alliés pourraient augmenter leurs dépenses de défense ou diversifier leurs partenariats.
- Diplomatie européenne : l’Union européenne et la France devront recalibrer leurs positions si Washington se retire en pratique de certains dossiers régionaux.
- Risque d’escalade : une diplomatie américaine moins présente augmente les marges d’erreur et d’escalade locale.
- Influence économique : de nouveaux accords régionaux peuvent redéfinir les flux commerciaux et les investissements étrangers.
Ces conséquences ne se limitent pas au pourtour du Golfe : elles concernent aussi l’Europe, qui dépend des routes maritimes et de la stabilité énergétique, et les opinions publiques qui attendent des réponses claires en matière de sécurité.
En filigrane, l’analyse de Romuald Sciora pose une question simple mais lourde de sens pour les prochains mois : si Washington se montre moins disposé à conduire ou à garantir des solutions multilatérales, qui prendra la relève ? La réponse déterminera l’architecture géopolitique de la région — et les choix qui en découleront pour les puissances européennes et les acteurs locaux.

Julien Martel analyse l’actualité locale, nationale et internationale avec un regard factuel et accessible. Vous bénéficiez de ses décryptages pour comprendre les événements mondiaux et leurs répercussions concrètes sur votre quotidien. Son approche privilégie la clarté, le contexte et l’utilité de l’information.









