La recomposition politique au Sénat se déroule sous haute tension cette semaine : plusieurs élus discutent encore de leur inscription de groupe avant la date limite, et une tentative de formation d’un nouveau collectif a suscité des remous inattendus au Palais du Luxembourg. Au cœur des enjeux : la répartition des postes, l’influence pour la présidentielle et la quête de visibilité des sénateurs fraîchement élus.
La période qui suit les sénatoriales ressemble à un marché des alliances. Les parlementaires disposent d’un délai strict — lundi à 16 heures — pour choisir leur groupe, et les tractations se multiplient dans les couloirs. Pour certains nouveaux venus, la semaine ressemble à un « speed dating » politique où les offres se pèsent autant que les convictions.
Plusieurs élus de droite proches du nouveau mouvement Nouvelle Énergie, lié au maire de Cannes David Lisnard, ont tenté de s’allier avec des frondeurs du groupe présidé par Claude Malhuret, Les Indépendants. L’opération n’a pas abouti pour l’instant, mais elle a suffi à déclencher des interventions de poids au sein de la majorité sénatoriale pour circonscrire la crise.
Comment instaurer une pratique de réflexion pour la rentrée scolaire des enseignants ?
Sénat: Claude Malhuret entraîné dans un coup de théâtre du groupe Nouvelle énergie
Un marché des groupes sous haute tension
Des sénateurs observent un changement de ton par rapport aux précédentes sessions : les négociations sont plus visibles et l’on entend davantage parler d’« offres » et d’échanges de garanties. Plusieurs acteurs s’inquiètent que, pour certains, l’appartenance de groupe soit devenue un choix pragmatique visant des avantages matériels plutôt qu’un engagement politique affirmé.

À gauche, la destination de deux sénateurs élus sous l’étiquette Place Publique — Bernard Jomier et Grégory Blanc — reste incertaine. Leur ralliement potentiel au groupe socialiste, à la famille écologiste ou au RDSE peut peser sur la distribution des postes au bureau du Sénat.
Ce que vise Nouvelle Énergie
Interrogé, David Lisnard reconnaît la présence d’élus qui revendiquent une double appartenance et explique laisser chaque sénateur libre de son choix. Il confirme qu’un petit pôle parlementaire de députés et sénateurs « proches de Nouvelle Énergie » est envisagé, sans pour autant revendiquer la création d’un groupe entièrement estampillé du nom du mouvement.

Lisnard affirme ne pas piloter directement la manoeuvre et assure vouloir « porter des idées » plutôt que provoquer des ruptures. Malgré ces précautions, plusieurs ténors de la droite ont appelé à circonscrire la tentative afin d’éviter la formation d’un groupe dissident susceptible de fragiliser la majorité sénatoriale.
Une fronde interne chez Les Indépendants
L’autre foyer de tension se situe au sein du groupe présidé par Claude Malhuret, majoritairement composé d’élus proches d’Horizons. Selon plusieurs sources, des coups de boutoir internes — qualifiés de tentative de « putsch » — ont été menés ces dernières semaines par des cadres souhaitant obtenir la tête du groupe ou créer un collectif dissident.
La direction du groupe a finalement reconduit Claude Malhuret lors d’un vote interne, mais le nombre de membres présents s’est réduit par rapport à la précédente mandature, signe que la cohésion reste fragilisée.
| Acteur | Rôle / Situation |
|---|---|
| David Lisnard | Meneur de Nouvelle Énergie, dit soutenir la liberté d’affiliation mais cherche un pôle parlementaire |
| Claude Malhuret | Président du groupe Les Indépendants, réélu malgré des dissensions |
| Louis Vogel | Accusé par des collègues d’avoir fomenté des manœuvres internes; refus de commentaire |
| Bernard Jomier, Grégory Blanc | Sénateurs de Place Publique dont l’appartenance de groupe reste à trancher |
| Renaud Muselier | Annonce son rattachement à l’Union centriste, rebaptisée UCI |
Les conséquences sont concrètes : la taille des groupes influe sur la répartition des postes au bureau du Sénat et sur l’accès aux commissions. À court terme, ce sont donc des places de décision et des moyens qui se jouent, ainsi que la visibilité en vue de la présidentielle.
- Risque immédiat : déplacement d’élus entre groupes et perte de sièges influents.
- Impact moyen terme : recomposition des présidences de commission et du bureau.
- Effet stratégique : création d’un pôle parlementaire autour d’un candidat à la présidentielle renforce son ancrage national.
Au-delà des combinaisons d’appartenance, ces manœuvres révèlent une lutte d’influence plus large à droite, entre garde rapprochée d’anciens ministres, responsables de partis locaux et nouveaux mouvements voulant peser sur l’agenda national. Les échanges téléphoniques et les interventions en réunion se poursuivent, et tout peut encore changer d’ici à la clôture officielle des inscriptions.
Pour l’heure, la situation reste fluide : certains parlent d’un « pétard mouillé », d’autres anticipent de nouveaux rebondissements d’ici lundi. Quoi qu’il en soit, la semaine du mercato aura permis de mesurer l’état de fragilité et la capacité d’attraction des différents courants au Sénat — un témoin important des équilibres politiques à quelques mois d’une présidentielle incertaine.

Julien Martel analyse l’actualité locale, nationale et internationale avec un regard factuel et accessible. Vous bénéficiez de ses décryptages pour comprendre les événements mondiaux et leurs répercussions concrètes sur votre quotidien. Son approche privilégie la clarté, le contexte et l’utilité de l’information.








