Avant même que le gouvernement ne détaille sa réponse à la mobilisation lycéenne, le rapporteur LR des crédits de l’enseignement scolaire au Sénat, Olivier Paccaud, pointe des choix budgétaires qu’il juge insuffisants et demande que la baisse prévue des effectifs serve à financer, notamment, une meilleure rémunération des enseignants en milieu de carrière. Le débat budgétaire qui s’ouvre cette semaine aura des conséquences directes sur les classes et les salaires.
La commission des finances a choisi la prudence : elle attend les précisions promises par les ministres après les annonces de fin octobre. Un membre du gouvernement a évoqué un coût d’environ 300 millions d’euros pour les créations de postes annoncées, mais la question reste entière : cet effort sera-t-il budgété en plus de l’enveloppe existante ou réaffectera-t-il d’autres crédits ?
Un budget 2027 axé sur la masse salariale
Sur le papier, le budget de la mission enseignement scolaire affiche pour 2027 une hausse de près d’un milliard et demi, principalement portée par l’évolution de la masse salariale. Ce mouvement intervient après la révision du plan initial : le projet de loi de finances prévoyait d’abord la suppression de 3 644 postes d’enseignants, une conséquence attendue du recul démographique. Face à la contestation lycéenne, l’exécutif a revu certains chiffres.

Concrètement, pour le secondaire, le scénario initial de près d’un millier de suppressions a été remplacé par la création nette de 1 700 postes. Objectifs affichés : plafonner à 28 le nombre d’élèves en classe de seconde et renforcer l’offre en formations comme les BTS.
Cet infléchissement, que le rapporteur qualifie de rupture de philosophie, pose question selon lui : recruter massivement pour répondre à une crise immédiate peut masquer des déséquilibres structurels et ne règle pas, selon lui, la tendance à la baisse des résultats évalués internationalement.
Une fenêtre démographique à exploiter
Le rapport sénatorial insiste sur la trajectoire à moyen terme : d’ici 2035, la France pourrait perdre près de 1,5 million d’élèves, soit autour de 13 % des effectifs. Cette décrue a déjà commencé : la rentrée 2026 a enregistré une baisse de 161 000 élèves, et l’effort se poursuivra avec une chute d’environ 180 000 en 2027 (≈ 2 %).
Si l’évolution démographique se traduisait automatiquement sur les postes enseignants, près de 15 000 emplois auraient dû être supprimés. Le projet de budget retient une diminution bien moindre — environ quatre fois inférieure — ce que la commission juge attentif aux tensions actuelles dans les établissements.
Pour Olivier Paccaud, la contraction des effectifs est aussi une marge de manœuvre budgétaire à saisir : il prône de redéployer une partie des économies pour répondre à des urgences comme les absences non couvertes et le manque de remplaçants.
- Renfort des remplaçants : priorité au financement pour réduire les cours non assurés.
- Revalorisation en milieu de carrière : accélérer le passage aux 5e et 6e échelons pour améliorer l’attractivité du métier.
- Réallocation de crédits : proposition de diminuer une partie du Pacte enseignant (420 M€) pour financer ces mesures.
Attractivité et progression salariale
Le rapport met en lumière la faiblesse de la progression salariale des enseignants en France par rapport aux pays de l’OCDE : pour un professeur du secondaire inférieur, l’augmentation de salaire entre l’entrée dans le métier et la quinzième année avoisine les 12 % en France, contre près de 34 % en moyenne dans l’OCDE. Cette faible dynamique salariale contribue aux difficultés de recrutement malgré les réformes de formation.

Paccaud souhaite inscrire dans la loi une revalorisation ciblée des milieux de carrière. Un décret prêt depuis 2025, fruit de négociations avec les syndicats, n’a pas été publié, retardé par la décision gouvernementale de geler le point d’indice des fonctionnaires. Le sénateur entend relancer le dossier pendant l’examen budgétaire et propose des mesures qui, selon ses calculs, resteraient limitées en coût : environ 22 millions d’euros la première année et 106 millions cumulés d’ici 2030.
Restructuration des opérateurs et économies ciblées
Au-delà des salaires, le rapporteur prévoit des économies sur certains opérateurs du ministère. Il préparera des amendements pour réduire les dotations de structures jugées redondantes avec des acteurs régionaux ou universitaires :
- réduction supplémentaire de 3 millions d’euros pour l’Onisep ;
- réduction de 10 millions d’euros pour Réseau Canopé, dont les missions peuvent chevaucher celles des INSPÉ ou des écoles académiques de formation continue.
Ces coupes visent à dégager des marges pour financer les priorités salariales et le renfort des dispositifs de remplacement, mais elles risquent d’alimenter le débat sur la répartition des compétences entre l’État, les régions et les acteurs de la formation.
Prochaine étape : l’examen des amendements au Sénat et la discussion budgétaire. Les arbitrages qui seront pris auront un impact direct sur les conditions d’enseignement, la stabilité des équipes et l’attractivité du métier d’enseignant — des enjeux lourds de conséquences pour la rentrée et pour la capacité du système à s’adapter à un horizon démographique qui se déplace.

Julien Martel analyse l’actualité locale, nationale et internationale avec un regard factuel et accessible. Vous bénéficiez de ses décryptages pour comprendre les événements mondiaux et leurs répercussions concrètes sur votre quotidien. Son approche privilégie la clarté, le contexte et l’utilité de l’information.








