Budget sécurité sociale: manque de réformes, alerte Bernard Jomier (Place publique)

À l’approche de l’ouverture des débats budgétaires cet automne, le rapport sur la santé publique soulève une alerte plusieurs fois confirmée : les comptes de la sécurité sociale se détériorent et les mesures annoncées par le gouvernement suscitent une vive critique. Le sénateur Bernard Jomier, référent Place publique sur les questions sanitaires, a répondu par écrit au Premier ministre en prônant des réformes structurelles plutôt que des ajustements qui pèsent sur les assurés.

La pièce maîtresse de la controverse est simple et immédiate : la Commission des comptes a revu à la hausse le déficit prévisionnel pour 2026, et Paris a annoncé des économies ciblant les remboursements — hausse du seuil des franchises médicales (de 100 à 140 euros), baisse des prises en charge pour certains médicaments et soins dentaires — une ligne jugée insuffisante et injuste par l’élu.

Pourquoi cela compte maintenant

Le calendrier politique est serré : l’automne verra l’examen du budget de la sécurité sociale alors que la situation financière se dégrade et qu’une campagne électorale se profile. Les décisions prises aujourd’hui auront des conséquences directes sur l’accès aux soins et sur le reste à charge des Français.

La critique centrale de Bernard Jomier

Pour le sénateur, la méthode actuelle privilégie des « réglages paramétriques » — modifications des taux de remboursement et augmentation des franchises — qui transfèrent la charge sur les assurés plutôt que de corriger les causes profondes du déséquilibre.

Débat politique sur les politiques de santé en assemblée
Les réglages paramétriques transfèrent la charge sur les assurés plutôt que de corriger les causes profondes.

Il met en garde contre une logique qui revient à « faire payer les malades » et souligne l’absence, selon lui, d’un plan global permettant d’équilibrer durablement les recettes et les dépenses. Jomier rappelle que le creusement du déficit se poursuit depuis la sortie de la crise sanitaire et que, contrairement aux trajectoires observées après 2008, aucun redressement structurel n’a été engagé.

Quatre leviers pour redresser les comptes

Plutôt que des coupes ponctuelles, l’élu propose quatre axes de réforme qui, selon lui, bénéficient d’un large accord parmi les acteurs de la santé et qui pourraient alléger durablement le déficit :

Campagne de prévention santé mettant l'accent sur l'alimentation et le bien-être
La prévention est proposée comme levier durable pour réduire les dépenses futures de santé.

  • Renforcer la lutte contre la fraude — en ciblant prioritairement les pratiques frauduleuses des professionnels de santé, qui représentent, d’après Jomier, la part la plus significative des montants perdus.
  • Améliorer la pertinence des soins — réduire les actes redondants (certaines imageries, examens de biologie) et freiner la surfacturation pour éviter des dépenses inutiles sans restreindre l’accès aux soins essentiels.
  • Limiter la financiarisation — encadrer l’entrée d’acteurs motivés par la rentabilité plutôt que par la qualité des soins, afin de préserver l’orientation publique et sociale du système de santé.
  • Faire de la prévention une priorité — campagnes et mesures ciblées (alimentation, obésité, consommation d’aliments ultra-transformés) pour réduire la pression future sur les dépenses de santé.

Chaque levier est présenté non seulement comme un outil d’économies mais aussi comme un moyen de préserver la solidarité du système. Selon Jomier, s’attaquer uniquement aux remboursements revient à masquer le problème plutôt qu’à le résoudre.

Des critiques aux choix gouvernementaux

Le sénateur reproche au gouvernement d’avoir, par défaut, transféré une partie du coût des soins vers les complémentaires santé, ce qui a contribué à l’augmentation des tarifs et à une dépendance accrue aux mutuelles. Pour lui, cette logique ne remplace pas une politique de fond sur la pertinence et la prévention.

Il souligne aussi l’inaction face à la multiplication d’investisseurs financiers dans le secteur sanitaire, pointant le risque d’une logique de rendement incompatible avec l’intérêt général.

La question des retraites et la branche vieillesse

La branche vieillesse reste un point d’attention majeur. Jomier rappelle que le débat a été renvoyé à la campagne présidentielle, mais estime qu’il faudra reprendre la discussion sérieusement avec les partenaires sociaux après les élections.

Il se dit prêt à envisager des ajustements — y compris l’allongement potentiel de la durée d’activité — à la condition que toute réforme respecte des principes de justice sociale et d’équité entre générations. L’élu insiste sur la nécessité d’un vrai dialogue avec syndicats et employeurs, faute de quoi les problèmes se cristalliseront davantage.

Sur ce point, il critique la méthode gouvernementale antérieure, estimant qu’un refus de compromis a retardé des solutions potentiellement plus efficaces et consensuelles.

Ce qui pourrait changer à l’automne

À court terme, l’Assemblée et le Sénat doivent arbitrer entre des mesures immédiates proposées par l’exécutif et des amendements visant des réformes structurelles. Le choix pèsera sur le budget 2027 et fixera l’orientation politique avant une année électorale.

Si le gouvernement persiste dans une logique d’économies ponctuelles, la pression sur le reste à charge des assurés risque d’augmenter. À l’inverse, une trajectoire incluant lutte contre la fraude, pertinence des soins, encadrement de la financiarisation et prévention pourrait stabiliser les comptes tout en limitant l’impact sur les usagers.

Les mois à venir seront révélateurs : l’équilibre budgétaire dépendra autant des arbitrages politiques que de la capacité à engager des réformes acceptables socialement et techniquement.

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