PISA : baisse record chez les élèves français, position toujours dans la moyenne OCDE

Les tout derniers résultats de l’enquête PISA, publiés mardi 8 septembre, dressent un constat sans précédent : les quinze‑ans français obtiennent leurs scores les plus faibles depuis la création de l’évaluation en 2000. Ce tassement, bien qu’encadré par la moyenne de l’OCDE, soulève des questions immédiates sur la qualité des apprentissages et les conséquences pour l’avenir scolaire et professionnel des jeunes.

Un recul généralisé, mais une moyenne toujours respectée

L’édition 2025 de PISA, qui évalue tous les trois ans les acquis des élèves de 15 ans, montre une baisse dans les trois domaines testés : mathématiques, sciences et compréhension de l’écrit. Selon les responsables de l’étude, ce sont les scores les plus faibles enregistrés pour la France depuis 2000, même si le pays se situe encore autour de la moyenne des pays de l’OCDE.

Le panel français comprenait environ 6 500 élèves répartis dans 289 établissements. L’édition 2025 mettait l’accent sur les sciences, mais les reculs concernent l’ensemble des compétences évaluées.

Où se situe la France dans le classement mondial ?

Les pays d’Asie dominent largement le palmarès. La France, elle, se situe loin du podium :

Carte montrant classement PISA par pays, avec pays asiatiques en tête
La France se situe loin des meilleurs pays, dominés par l’Asie.

  • Compréhension de l’écrit : 28e place sur 91 pays testés.
  • Mathématiques : 34e place, à égalité avec le Luxembourg et l’Espagne.
  • Sciences : 27e place.

Comparée à 2022, la France enregistre des reculs notables : une baisse de 4 points en sciences, 16 points en mathématiques et 18 points en lecture — des variations que l’OCDE associe, à titre d’ordre de grandeur, à des années de scolarité perdues quand elles atteignent une vingtaine de points.

Quelques chiffres clés à retenir

  • Entre 2012 et 2025 : score en sciences passé de 499 à 483 (moyenne OCDE 486), lecture de 505 à 456 (moyenne OCDE 466), mathématiques de 484 à 458 (moyenne OCDE 469).
  • Part des élèves très performants : en mathématiques 5% en 2025 contre 11% en 2015 ; en lecture 5% contre 13% en 2015.
  • Écarts socio‑économiques : diminution de l’écart, non parce que les élèves défavorisés progressent, mais parce que les élèves favorisés voient leurs résultats baisser.
Graphiques montrant l'évolution des scores PISA France 2012‑2025 en maths, lecture et sciences
Baisse des scores français entre 2012 et 2025 selon PISA.

Inégalités sociales : une baisse paradoxale de l’écart

Depuis 2015, l’écart de performance entre milieux favorisés et défavorisés s’est réduit. Mais cette tendance masque une réalité préoccupante : les gains des moins favorisés stagnent tandis que les meilleurs profils décrochent. En mathématiques, par exemple, la chute est plus marquée chez les élèves issus de milieux favorisés (‑38 points) que chez les élèves défavorisés (‑22 points).

Autre signal alarmant : la proportion d’élèves capables de mobiliser des compétences élevées — réflexion, compréhension de textes longs, raisonnement complexe — a diminué nettement. Les responsables de l’étude pointent des difficultés accrues dans les tâches demandant concentration et traitement de textes de plusieurs centaines de mots.

Facteurs évoqués par les experts

Les auteurs du rapport et les spécialistes consultés refusent d’attribuer cette dégradation à un seul facteur. Plusieurs éléments sont mis en avant :

  • Des réformes successives et souvent modifiées, qui compliquent l’évaluation de leur impact ; depuis 2022, sept titulaires se sont succédé au ministère de l’Éducation.
  • Un niveau de dépenses en éducation élevé, mais des interrogations sur l’efficacité et la destination de ces moyens.
  • Une baisse perçue du soutien parental dans certains contextes, alors même que l’accompagnement à la maison est reconnu comme déterminant pour la réussite.
  • L’usage croissant d’outils numériques et d’outils d’intelligence artificielle — 46% des élèves de l’OCDE déclarent utiliser l’IA au moins une fois par semaine pour apprendre —, une piste explorée pour expliquer certaines différences observées, notamment chez les enfants de milieux favorisés.

Professeurs, organisation scolaire et absentéisme

Le rapport signale aussi une hausse des tensions dans le système éducatif : près de la moitié des chefs d’établissement en France déclarent manquer d’enseignants, contre 17% en 2015. L’absentéisme et la difficulté de recrutement pourraient peser sur la qualité de l’enseignement et la continuité pédagogique.

Les élèves évalués en 2025 sont nés en 2009 : ils ont vécu plusieurs ajustements du calendrier scolaire (passage de 4,5 jours à 4 jours, puis retour à 4 jours) et n’ont pas bénéficié, pour la plupart, du dédoublement des classes en écoles primaires en zone prioritaire mis en œuvre à partir de 2017.

Quelles implications pour les décideurs et les familles ?

Ces résultats obligent à repenser des priorités : mieux cibler les investissements, stabiliser les politiques scolaires et renforcer l’acquisition des compétences complexes — lecture longue et raisonnement — qui fondent la réussite dans l’enseignement supérieur et sur le marché du travail.

Les données de PISA ne livrent pas de remède instantané, mais elles fournissent une photographie utile pour orienter les décisions publiques. Pour les familles, elles rappellent l’importance d’un accompagnement soutenu et d’une attention particulière aux compétences de lecture et de concentration des adolescents.

Les conclusions détaillées de l’enquête seront exploitées dans les prochains mois par les autorités et les équipes pédagogiques : la question désormais urgente est de transformer l’alerte statistique en actions concrètes et durables.

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