À la veille de la rentrée, l’école s’impose comme l’un des premiers terrains de la campagne pour 2027 : deux anciens Premiers ministres, Édouard Philippe et Gabriel Attal, ont dévoilé en moins de deux jours des plans scolaires qui partagent le même diagnostic mais s’opposent sur les remèdes. Au-delà des propositions, c’est aussi leur passé commun dans les gouvernements d’Emmanuel Macron qui revient au centre du débat.
Chacun a choisi un grand quotidien pour exposer sa stratégie — Le Figaro pour Édouard Philippe, Le Monde pour Gabriel Attal — et insiste sur des priorités proches : améliorer le niveau, attirer des enseignants, restaurer l’autorité. Mais les moyens proposés diffèrent sensiblement et posent la question de l’héritage politique qu’ils portent.
Trois constats partagés, deux méthodes
Les deux candidats s’accordent sur plusieurs points : la baisse des vocations, le niveau scolaire jugé insuffisant et la nécessité de rehausser les salaires pour rendre le métier plus attractif. Pourtant, leurs chantiers divergent sur la manière de conduire la transformation.
- Recrutement et rémunération : priorité affichée par les deux équipes.
- Autorité et fondamentaux : retour aux matières de base comme fil conducteur.
- Organisation des établissements : autonomie pour l’un, remaniement du collège pour l’autre.
Comment comptent-ils rémunérer les professeurs ?
Édouard Philippe propose une hausse salariale ambitieuse, étalée sur plusieurs années pour se rapprocher des niveaux observés en Europe. Son argument : la démographie en recul permettra de réduire les effectifs par classe et d’augmenter les paies sans gonfler les établissements.

De son côté, Gabriel Attal cible une augmentation immédiate et clairement chiffrée — un complément mensuel net pour tous les enseignants, plus élevé en milieu de carrière — financé, selon son entourage, par des redéploiements budgétaires parmi les prestations sociales. Il veut inscrire ces engagements dans une loi de programmation pour l’éducation à partir de 2027.
Autonomie des établissements ou refondation du collège ?
Édouard Philippe mise beaucoup sur la liberté laissée aux écoles et aux établissements : adaptation des rythmes, choix pédagogiques locaux, et publication des résultats pour responsabiliser. Il propose aussi des mesures de sanction à l’encontre de parents dont les comportements nuisent à la scolarité, ainsi qu’un renforcement de la formation initiale et continue des enseignants.

Gabriel Attal, lui, concentre ses efforts sur la période collège. Son plan prévoit l’instauration d’un test d’entrée en sixième, une année passerelle pour les élèves en difficulté, la généralisation de groupes de niveau et une orientation plus différenciée en quatrième et troisième entre filières plus professionnalisantes ou plus académiques. Il propose également la fermeture ciblée d’établissements considérés comme des foyers d’échec scolaire pour favoriser la mixité.
| Mesure | Édouard Philippe | Gabriel Attal |
|---|---|---|
| Rémunération | Hausse progressive (ordre de grandeur : +20% sur cinq ans) | Prime mensuelle nette (≈ +200€ à +500€), financement par économies sociales |
| Autonomie | Renforcement de la liberté des établissements, publication des résultats | Moins d’autonomie, focus sur une organisation rénovée du collège |
| Collège | Accent sur fondamentaux, mesures disciplinaires et formation | Certificat d’entrée, année passerelle, groupes de niveau, parcours différenciés |
| Sanctions et discipline | Propositions de sanctions pour parents et durcissement des règles | Renforcement des dispositifs pour lutter contre le décrochage et le harcèlement |
Le bilan Macron revient au cœur du débat
Les annonces des deux ex-Premiers ministres ne peuvent être dissociées des réformes menées depuis 2017. Déjà mises en œuvre : le dédoublement des classes en éducation prioritaire, des évaluations nationales, une réforme du lycée, la transformation de la voie professionnelle, ainsi que des dispositifs visant l’inclusion et la lutte contre le harcèlement.
Des revalorisations salariales ont été engagées ces dernières années, et le « Pacte enseignant » lancé en 2023 avait pour objectif d’améliorer notamment les remplacements. En pratique, les effectifs non remplacés et le sous-consommation budgétaire de certains dispositifs restent des réalités sur le terrain.
Pourquoi cela compte aujourd’hui : la rentrée 2026 est présentée par le gouvernement comme une année de consolidation plutôt que de nouvelles réformes massives. Simultanément, des décisions récentes — comme l’interdiction des téléphones portables au lycée promulguée fin août — relancent le débat sur l’efficacité des mesures passées et l’opportunité d’enchaîner de nouvelles transformations.
L’enjeu politique de l’héritage
Le retournement est délicat pour les deux candidats : tous deux ont été acteurs des politiques qu’ils critiquent. Édouard Philippe a dirigé le gouvernement au moment de nombreuses premières réformes du quinquennat, tandis que Gabriel Attal a été ministre de l’Éducation puis Premier ministre, et apparaît aujourd’hui comme le défenseur d’un renouveau qui cohabite avec des continuités.
Cette double réalité explique la prudence de leurs discours : ils reconnaissent l’existence de progrès mais insistent sur le fait que ces actions n’ont pas suffi à enrayer la perte de confiance ou à élever durablement le niveau scolaire.
Et maintenant ?
La bataille qui s’ouvre n’est pas seulement sur des mesures techniques : elle porte sur la crédibilité de l’action future et sur la capacité à tirer des leçons du passé. Reconvertir les diagnostics en améliorations durables — en particulier pour la revalorisation des métiers et la lutte contre les inégalités scolaires — restera la clé pour convaincre familles et enseignants.
Si la campagne 2027 transforme l’école en enjeu central, elle servira aussi de juge sur la manière dont les cinq dernières années ont préparé — ou non — l’école française à relever ses défis.

Julien Martel analyse l’actualité locale, nationale et internationale avec un regard factuel et accessible. Vous bénéficiez de ses décryptages pour comprendre les événements mondiaux et leurs répercussions concrètes sur votre quotidien. Son approche privilégie la clarté, le contexte et l’utilité de l’information.









