Politicae nie être un parti : au Sénat, son cofondateur balaie les liens avec Stérin

Jeudi 21 mai, une audition au Sénat a braqué les projecteurs sur les pratiques de financement d’une jeune structure d’accompagnement politique, soulevant des questions concrètes sur l’influence de mécènes privés dans la vie locale. Raphaël Cognet, cofondateur de Politicae et ancien maire de Mantes‑la‑Jolie, a tenté de dissiper les doutes autour des liens financiers entre son organisme et le projet Périclès, porté par le milliardaire Pierre‑Édouard Stérin.

La commission d’enquête, créée à l’initiative du groupe socialiste du Sénat, veut cartographier les flux privés qui soutiennent des initiatives civiques, médiatiques ou politiques et mesurer les risques pour la transparence démocratique. L’audition de Cognet est l’une des premières étapes de ce travail, rendu plus sensible par les révélations parues en 2024 autour du plan Périclès.

Pourquoi l’affaire intéresse aujourd’hui

Le débat dépasse le cas d’espèce : il touche à la capacité des acteurs privés à façonner la formation et la sélection d’élus locaux, au moment où la recomposition politique et la montée des financements privés interrogent le fonctionnement des campagnes. La commission veut notamment savoir si des soutiens financiers se traduisent par des contreparties politiques ou idéologiques.

Les sénateurs ont posé des questions précises sur les montants versés, les calendriers de financement et l’impact réel de ces aides sur les candidatures locales. Sur ce point, les réponses fournies mercredi restent partielles et nourrissent l’interrogation plutôt que de l’éteindre.

La version de Raphaël Cognet

Face aux élus, Cognet a présenté Politicae comme une plateforme pédagogique destinée à démocratiser l’accès à la vie municipale. Il a raconté son expérience de maire — marquée, dit‑il, par une montée de la pression sur le terrain — et expliqué que l’objectif initial était d’éclairer les citoyens sur la gestion d’une commune.

Il a reconnu que Politicae avait reçu des versements liés au projet Périclès et a parlé d’un financement « progressif », adapté aux besoins opérationnels. Mais il a refusé de confirmer, devant la commission, les chiffres avancés par d’autres témoins, renvoyant à des vérifications comptables ultérieures.

Sur l’indépendance éditoriale, il a été catégorique : la structure disposerait d’une « liberté totale » pour choisir ses contenus et ses intervenants, et ne fonctionnerait pas comme un canal d’acheminement de candidats pour un parti donné. Il a aussi souligné l’absence de subventions publiques dans le financement de Politicae.

Des points d’ombre sur la forme juridique et les flux

La commission a mis en lumière une structuration juridique peu stabilisée. Cognet a expliqué que l’activité avait d’abord été portée par un institut de formation, puis par une marque et un site, tandis qu’une association Politicae, créée en parallèle, n’aurait guère fonctionné.

Plusieurs sénateurs ont interrogé la possibilité de dissoudre cette association pour lever toute ambiguïté. Le cofondateur a laissé entendre que des modifications pouvaient être envisagées pour clarifier la situation.

Former sans influer : une frontière floue

Un point clef de l’audition portait sur la nature des prestations proposées : formation neutre ou levier d’influence ? Cognet a insisté sur le caractère majoritairement gratuit des ressources en ligne — « 99,9 % », selon lui — et sur la vocation pédagogique des contenus.

Cependant, il a reconnu que certains séminaires avaient été facturés, notamment pour des candidats de plus grandes communes, dépenses devant figurer dans les comptes de campagne. La commission a aussi retenu que près de 500 candidats auraient suivi des parcours payants, sans toutefois pouvoir établir un lien direct et chiffré entre ces formations et des succès électoraux précis.

  • Transparence : la commission réclame des états financiers détaillés pour vérifier l’ampleur des soutiens privés.
  • Indépendance éditoriale : la déclaration d’autonomie de Politicae est au cœur du contrôle parlementaire.
  • Cadre juridique : la forme associative et les modalités de portage soulèvent des questions de conformité.
  • Risques pour la démocratie locale : financements privés importants peuvent créer des attentes de contrepartie, réelles ou perçues.

La commission, dirigée par Sonia de La Provôté avec la rapporteure Colombe Brossel, demande désormais des données chiffrées et des justificatifs précis. Les auditions doivent permettre de reconstituer les circuits financiers et d’évaluer si des pratiques nouvelles appellent des règles renforcées.

Pour l’instant, le dossier reste ouvert. La reconnaissance de versements par Cognet confirme l’existence d’un lien financier, mais l’absence de transparence complète sur les montants et la structuration juridique empêche de conclure à une captation politique. Le Sénat va poursuivre ses investigations, alors que la question de l’influence des mécènes sur la formation des élus locaux s’impose de plus en plus comme un enjeu public.

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