Forêts françaises en péril: stockage du CO2 menacé, prévient Canopée

Un rapport rendu public lundi alerte sur l’érosion du rôle des forêts françaises comme absorbeurs de carbone, un élément clé pour atteindre la neutralité carbone en 2050. L’ONG Canopée met en cause des choix politiques et économiques qui, selon elle, accélèrent les prélèvements de bois et fragilisent ces puits naturels.

Des puits de carbone à la peine

Les forêts représentent aujourd’hui le principal puits naturel national, loin devant les prairies. Pourtant, les capacités d’absorption ont nettement diminué depuis le début des années 2000 : selon les comptages officiels, le stockage de carbone dans les forêts a chuté de plus de moitié.

Canopée identifie trois causes principales : une mortalité accrue des arbres, un ralentissement de leur croissance et une hausse des volumes récoltés. Ces éléments conjugués réduisent la capacité des massifs à compenser les émissions résiduelles de CO2.

Pourquoi cela compte maintenant

L’enjeu est concret : sans puits naturels suffisants, la France devra réduire d’autant plus ses émissions pour tenir ses objectifs climatiques. Le Haut Conseil pour le climat estime un manque d’environ 16 MtCO2/an pour respecter les engagements liés aux puits de carbone — un déficit que Canopée relie directement aux choix politiques actuels.

La Stratégie nationale bas carbone pointée du doigt

L’ONG critique la dernière version de la Stratégie nationale bas carbone (SNBC) qui prévoit, selon elle, une augmentation des récoltes forestières d’ici 2030. Canopée estime que cette trajectoire détériorerait le puits forestier de plusieurs millions de tonnes équivalent CO2 par an.

Le gouvernement répond que la filière bénéficie d’investissements conséquents : le ministre délégué à la transition écologique a rappelé en interview des crédits engagés pour le renouvellement des forêts depuis 2022, affirmant que la politique publique restait une priorité.

Demandes énergétiques et choix industriels

Les auteurs du rapport relient en grande partie l’augmentation des prélèvements à une demande croissante en bois-énergie. Quelques projets industriels concentreraient la majorité du surcroît de demande prévu, notamment des centrales biomasse et des usines de granulés.

Des experts consultés jugent pertinent de rééquilibrer le soutien public vers des usages de long terme, comme le bois de construction, qui permettent de stocker durablement le carbone.

  • Capacité actuelle : la forêt absorbe plusieurs dizaines de MtCO2 par an, bien plus que les prairies.
  • Baisse observée : perte de plus de 50% de la capacité d’absorption depuis les années 2000 (estimation Citepa).
  • Trajectoires opposées : SNBC propose de porter les prélèvements de ~53 à 60 millions de m3 ; Canopée recommande une baisse à 50 millions de m3.
  • Conséquence : l’écart entre ces scénarios se traduit par une différence d’émissions de l’ordre de 15–16 MtCO2/an, proche du déficit identifié par le Haut Conseil pour le climat.

Politiques publiques et dispositifs en question

Le rapport relève aussi des incohérences dans les dispositifs de soutien. La suspension récente d’une aide destinée au renouvellement forestier — lancée en 2024 pour aider propriétaires publics et privés à adapter les peuplements au changement climatique — inquiète plusieurs élus et acteurs de la filière.

Plusieurs parlementaires et spécialistes insistent sur la nécessité d’appliquer une « hiérarchie des usages » du bois : privilégier les usages durables et de longue durée (construction, ameublement) avant d’orienter la ressource vers l’énergie ou l’export.

Des analyses internes au plan de relance forestier sont aussi pointées du doigt : d’après Canopée, une large majorité des projets soutenus ont abouti à des coupes rases, et de nombreuses plantations de petites tailles n’avaient pas d’obligation de diversification des essences.

Voies possibles d’action

Les propositions rassemblées dans le rapport mêlent mesures immédiates et orientations à moyen terme. Parmi les pistes évoquées figurent une réduction modérée des prélèvements, un recentrage des aides publiques vers la régénération et la diversification des peuplements, et un encouragement des usages longue durée du bois.

Un scientifique du climat consulté confirme que, si l’on ne peut pas empêcher certains aléas (sécheresses, incendies, maladies), l’ajustement des volumes prélevés reste un levier disponible et vraisemblablement efficace.

En attendant, le débat oppose clairement deux logiques : soutenir une filière bois compétitive et répondre à une demande énergétique croissante, ou limiter les récoltes pour préserver la fonction d’absorption carbone des forêts — un arbitrage aux conséquences directes sur la trajectoire climatique du pays.

Laisser un commentaire

Share to...