Vingt ans après la création de son ONG au Cambodge, Tina Kieffer revient sur un pari tenu : faire de l’éducation des filles un levier pour la reconstruction d’un pays traumatisé par le génocide des Khmers rouges. À l’occasion de l’anniversaire de l’école Happy Chandara et de son passage cette semaine dans l’émission « Un monde, un regard », son parcours illustre pourquoi l’accès à l’école reste aujourd’hui une question cruciale pour le Cambodge.
Ancienne journaliste réputée, passée par des rédactions influentes et des plateaux télé, Tina Kieffer a transformé une rencontre personnelle en projet durable. Touchée par l’histoire d’une petite Cambodgienne qu’elle adoptera, elle a fondé presque jour pour jour il y a vingt ans l’association Toutes à l’école et ouvert la première classe d’Happy Chandara.
Ce qui était au départ une petite structure est devenu un campus qui forme désormais plusieurs milliers de filles, de la maternelle jusqu’à l’université. Ces jeunes bénéficiaires participent concrètement à la remise en marche d’un pays encore marqué par son passé.
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Scolariser les filles pour transformer des trajectoires
Pour Tina Kieffer, l’éducation des filles n’est pas seulement un enjeu moral : c’est un investissement social. Une femme instruite transmettra des savoirs et de meilleures conditions de vie à sa famille, créant un effet multiplicateur pour les générations suivantes. Cette logique de long terme explique l’engagement de l’ONG sur des parcours scolaires complets, pas seulement sur des urgences ponctuelles.

Au départ, la mission a dû affronter deux obstacles majeurs : la méfiance des familles, pour qui les filles représentaient une main-d’œuvre essentielle au foyer, et la question du financement. L’expérience et la visibilité médiatique de Tina Kieffer ont aidé à lever des fonds et à convaincre des donateurs privés et publics.
- Date de lancement : novembre 2006
- Première rentrée : 92 élèves
- Situation actuelle : campus « Happy Chandara », près de 1 700 élèves lors de la dernière rentrée
- Parcours proposé : maternelle à l’université
- Comment aider : parrainage d’une élève via le site officiel
Un avis critique sur l’ère numérique
Aux commandes d’une ONG, Tina Kieffer observe aussi les comportements des jeunes générations. Elle alerte sur l’effet anesthésiant d’un flux d’images incessant : les réseaux sociaux exposent à la fois à la violence et à la publicité, sans filtre ni mise en perspective, ce qui, selon elle, réduit la capacité collective à hiérarchiser les informations et à rester empathique face aux drames.
Elle met en garde contre la banalisation de l’horreur liée à la consommation continue de contenus « choc » — un phénomène qui pèse sur la mobilisation citoyenne et sur la façon dont les causes humanitaires sont perçues et soutenues.
Si vous souhaitez soutenir le travail de Toutes à l’école et permettre à une jeune fille cambodgienne d’accéder à toutes les étapes de la scolarité, il est possible de parrainer une élève en se rendant sur le site officiel : www.toutes-a-l-ecole.org.
Cette vingtième année marque plus qu’un anniversaire : elle témoigne de l’impact d’un engagement individualisé sur le long terme et rappelle que l’éducation des filles reste un levier déterminant pour la stabilité et le développement du Cambodge.

Julien Martel analyse l’actualité locale, nationale et internationale avec un regard factuel et accessible. Vous bénéficiez de ses décryptages pour comprendre les événements mondiaux et leurs répercussions concrètes sur votre quotidien. Son approche privilégie la clarté, le contexte et l’utilité de l’information.








